Construit avec la solidité des travaux romains, ce temple était flanqué de trois autres constructions au nord, à l'ouest et au sud.
La partie qui regarde le levant comprenait un très gros mur à hauteur d'appui, qui soutenait tout le terrassement du plateau et laissait la vue libre de ce côté.
Au nord et à l'ouest étaient des boutiques marchandes; au sud le logement des bestiaux et la boucherie, dépendance obligée du temple.
Une rangée de boutiques—-à l'usage des marchands qui se rendaient à la foire-—longeait les vieux côtés de la grande voie, séparée d'elle par un trottoir et un portique couvert.
Le temple était entouré d'un portique semblable à celui des boutiques. Il se composait de deux parties: d'un pronaós ou vestibule de 7 à 8 mètres de côté, et d'une cella surélevée, plus étroite que le vestibule auquel elle faisait suite.
Quand le christianisme pénétra dans les montagnes du Morvan, le temple du Beuvray fut transformé en chapelle; mais la partie la plus ancienne—-c'est-à-dire le vestibule-—fut seule conservée. La cella, où étaient les idoles, fut entièrement rasée; car on sait que les premiers apôtres n'admettaient pas que les sacrés mystères soient célébrés dans le sanctuaire même des fausses divinités.—-On la remplaça par une abside demi-circulaire précédée d'une partie droite plus étroite que le vestibule, et l'édifice prit ainsi la forme des basiliques constantiniennes du quatrième siècle.
La maçonnerie des parties reconstruites est irrégulière comme un travail fait à la hâte et par des ouvriers inexpérimentés; le mortier et les moellons en sont aussi également médiocres.
La tradition populaire attribue cette transformation à saint Martin lui-même, et l'on doit convenir qu'à défaut de preuves elle a au moins pour elle d'assez graves présomptions:
La circonstance qui milite le plus en faveur de l'opinion que nous émettons, c'est que la médaille romaine--la dernière en date parmi celles trouvées dans cette ruine--est exactement contemporaine de saint Martin. Cette même médaille était aussi la dernière de celles qui accompagnaient l'ex voto de la Dea Bibracte trouvé--comme on sait--au fond d'un puits scellé d'une dalle, dans l'enclos du petit séminaire d'Autun.[16]
Le premier établissement chrétien du Beuvray disparut à une époque difficile à préciser. On sait seulement qu'au douzième siècle, on éleva sur le même emplacement un nouvel édifice, dédié à saint Martin, qui fut ruiné vers 1570 par les soldats de Coligny, et fit place à une chapelle plus petite encore; celle-ci s'étant écroulée peu d'années avant la Révolution, ne fut remplacée que par une simple croix de bois.