En 1851, un membre de la Société Éduenne se rendant au congrès de Nevers, traversa la route du Beuvray. S'étant détourné quelque peu pour aller visiter le plateau de la Terrasse, il trouva la croix de Saint-Martin gisante sur le sol et brisée par la vétusté.
Les membres du congrès, informés de ce fait, et soucieux de perpétuer le souvenir du passage de saint Martin sur le Beuvray, votèrent par acclamation un crédit pour l'érection de la croix de pierre qui se voit au devant de la chapelle actuelle. Cette dernière fut construite par souscription vingt ans plus tard, et Mgr Landriot, archevêque de Reims, en posa la première pierre en 1871.
Foire du Beuvray.
L'exploration des terrains autour du temple et du forum a permis--en l'absence de textes écrits--de retracer l'histoire archéologique de cette foire--la plus ancienne de France et peut-être du monde entier.
Elle se tient encore chaque année, au premier mercredi de mai, sur un vaste emplacement dont la destination n'a jamais varié depuis l'époque gauloise. On y recueille de nombreuses pièces de cités appartenant à la Gaule, des silex taillés, des morceaux de hache de bronze, des verroteries, des fibules, des objets de toilette, des émaux, et enfin toutes espèces de fragments de poteries.
Viennent d'abord les poteries gauloises; la céramique romaine[17]--dont les débris ne se trouvent que dans les boutiques et aux alentours du champ de foire--fait suite dans cette série par rang d'ancienneté où elle précède les poteries mérovingiennes, ardoisées, et ornementées de grillages, trouvées en grande quantité sur le même emplacement.
On arrive ainsi aux poteries carlovingiennes blanches et rayées de rouge, puis à celles du moyen âge et de la renaissance, et enfin à l'époque moderne.
Les monnaies suivent la même série qui est ininterrompue de Philippe-Auguste (1180) jusqu'à nos jours.
Ainsi,--depuis le temps où l'on taillait des silex pour en faire des flèches--toutes les générations ont laissé des traces et en quelque sorte gravé leur âge sur ce plateau célèbre. Fait unique en archéologie: car autant vaudrait, pour un géologue, trouver au même lieu la série complète des assises terrestres à partir du granit.
A l'époque gauloise, les populations accouraient en foule sur la montagne, attirées non-seulement par la facilité de la vente ou de l'achat des denrées, mais aussi par la grande fête religieuse qu'on célébrait à la même époque. Les Éduens allaient porter leurs voeux--referre vota--à la fée nationale, la DEA BIBRACTE et jeter dans le bassin de sa source sacrée des oeufs, des pièces de monnaie ou autres offrandes.