Les habitations n'existaient que dans la partie orientale voisine de la grande voie de la Croix du Rebout. La plupart étaient possédées par des artisans--notamment des fabricants de bronze dont les creusets et les scories ont été recueillis en grande quantité; on a trouvé de distances en distances des cases funéraires--renfermant jusqu'à 50 ou 60 amphores--qui appartenaient--ainsi qu'on a pu le constater depuis--aux différents corps de métier occupant cette région.
VALLÉES DE LA GOUTTE DAMPIERRE, DE L'ÉCLUSE ET DE LA COME-CHAUDRON
Ces trois vallées sont suivies chacune par un ruisseau où vont se réunir, par bassins respectifs, les vingt-deux sources comprises dans l'intérieur de l'enceinte.
Une seule de ces vallées--celle de la Come-Chaudron--a été suffisamment explorée pour qu'on puisse en parler ici:
Le quartier de la Come-Chaudron, parallèle à celui du Champlain, est situé à gauche de la grande voie, et se compose d'une partie supérieure légèrement inclinée à l'est et d'une vallée profonde traversée par un faible ruisseau. Les régions fouillées le plus complètement sont à l'entrée même de la place et servaient de demeure exclusive à des métallurgistes.
Le premier établissement était une fonderie, où, dans de petits fours bien construits, on extrayait le fer directement par la méthode catalane. Plus loin, des forges isolées, creusées dans le sol et munies de buses en terre réfractaire, assez semblables aux nôtres, un grand atelier de forgerons de 47 mètres de long, de vastes hangars construits avec des charpentes et de la terre battue ont offert partout les débris de la sidérurgie dans toutes ses variétés. Les habitations, sur la pente de la vallée, enterrées de deux mètres à l'arrière et de plain-pied à la façade, étaient construites, la plupart du temps, en pisé et en poteaux fixés dans le sol; les parties enfouies étaient seules en maçonnerie de pierres sans chaux, quelques-unes même cloisonnées avec de simples planches. C'est dans ces réduits, espèces de tannières, où le soleil ne pénétrait que par la porte, quand elle n'était point abritée sous un auvent, que les fabricants de Bibracte exerçaient leurs industries, parmi lesquelles une des plus curieuses est celle de l'émaillerie. Le travail des émaux, qui confine à l'art, apparut pour la première fois au centre de la Gaule, avec des dates certaines, lors des fouilles de la Come-Chaudron, en 1869; car, on ne mit point seulement à jour quelques échantillons isolés, mais tout un centre de fabrication, dont les ateliers—-comme dans certaines fouilles de Pompéï-—n'auraient paru fermés que de la veille, si l'état d'altération d'un grand nombre d'objets n'eût témoigné d'un long séjour au sein de la terre.
Les ustensiles gisaient pêle-mêle, les fours étaient encore remplis de charbon; à côté de spécimens complètement terminés, on en voyait d'autres à peine ébauchés, d'autres en pleine période de fabrication; tout autour, des fragments d'émail brut, des creusets de terre, des grès à polir, une quantité considérable de déchets, des bavures, des rognures provenant de la taille; des coques vitreuses qui conservaient l'empreinte des dessins du bronze, et, par-dessus tout, le témoin même des opérations, c'est-à-dire la médaille.[21]
Le procédé, employé par les Gaulois pour émailler les bronzes, diffère peu du travail de la niellure, dans lequel les populations du Caucase ont excellé de tout temps.
Il consistait à graver des traits ou des dessins sur la pièce à décorer, puis à la recouvrir uniformément, sur toute sa surface, d'une couche d'émail dont on enlevait ensuite l'excès à l'aide de pierres de grès et de polissoirs.
Un assez grand nombre de ces émaux primitifs de la Gaule ont été trouvés au Beuvray et déposés dans les vitrines du musée de Saint-Germain-en-Laye; ce sont--pour la plupart--des bossettes, des clous-ornements, des fleurons..., etc., en un mot, des objets relatifs à l'attelage et au harnachement, incisés de tailles profondes remplies d'émail rouge.