Le nom de Bibracte fut conservé à la montagne, et se transforma peu à peu en celui de Beuvray qui--pour le philologue--est exactement le même.

Au seizième siècle, Gaucher, chanoine d'Autun, parlant de deux de ses amis qui se rendaient au Beuvray pour la foire du premier mercredi de mai, écrit ces mots: «... qui ibant Bibracte.»

Jean Bouchet, dans ses Chroniques d'Aquitaine, parle de Libracte (sic)... «qui était une petite ville d'Authun qu'on appelle de présent Beuvray.»

Dans tout le bassin de l'Arroux les registres des paroisses mentionnent à la même époque: La Comelle-sous-Bibracte, St-Léger-sous-Bibracte, etc.

Le passage que le célèbre jurisconsulte Guy-Coquille consacre au mont Beuvray dans son «Histoire du Nivernais» est à citer en entier:

«La montagne de Beuvray, en la cime de laquelle était l'ancienne Bibracte, est aujourd'hui en dedans le duché et pays de Nivernois.

Il est vray-semblable que les plus anciennes villes, bâties après le déluge, ayent été mises ès-cimes des montagnes, et depuis, à cause de l'incommodité des lieux hauts, ayent été transférées en lieux plus bas et de plus facile accès; ainsi les habitants de ce haut Beuvray se soient transférés au lieu ou est de présent Authun, et pour l'honneur d'Auguste César l'ayent nommé Augustodunum.»

La tradition populaire, qui n'est pas moins explicite, témoignerait à elle-même, par son étonnante persistance à travers les âges, de la grandeur de l'antique Bibracte, et de sa situation, même en l'absence de textes écrits et de faits matériels:

«En faisant visiter les terrassements qui enveloppent les différents sommets de la montagne, les paysans rapportent que: «là était autrefois la capitale de tout le pays... que la nuit on entend les charriots, les hommes et les chevaux courir sur les retranchements...» Ils montrent l'emplacement des portes qui, lorsqu'on les ouvrait le matin, criaient sur leurs gonds, de façon qu'on les entendait jusqu'à Nevers.»

Sur les pentes abruptes qui conduisent à la montagne, «il fallait--disent-ils encore--du temps de la vieille ville, cinq paires de boeufs pour monter un char.» Ils ajoutent que la ville fut ruinée et montrent près du Beuvray un mamelon par lequel l'ennemi déboucha: une bergère aurait révélé le point vulnérable, et pour sa récompense, le chef des ennemis lui aurait percé le coeur d'un coup d'épée, dans la crainte qu'un repentir tardif ou une nouvelle indiscrétion n'avertît trop tôt les habitants que la trahison était consommée. Après la destruction de la ville, suivie d'un grand massacre, les survivants auraient quitté la montagne et fondé Autun.