Quand l'Histoire est muette, il faut se contenter de la Légende--tel est le cas présent--mais, hâtons-nous de le dire, celle-ci n'a rien d'invraisemblable; en effet, bien que la première ne nous fournisse aucun détail sur la fin de Bibracte et les commencements d'Augustodunum, il est fort à croire que la forteresse éduenne ne fut point anéantie sans qu'il y ait eu quelques résistances de la part de la population indigène. D'un autre côté, il est à peu près démontré que de graves insurrections--dont les historiens ont à peine parlé--éclatèrent en Gaule avant le commencement de l'empire, et furent réprimées, avec une cruauté dont César n'avait que trop donné l'exemple.
Un détail fourni par la numismatique vient à l'appui de notre dire, car il accuse assez nettement l'impuissante rancune du peuple éduen contre Auguste, patron de la nouvelle cité et destructeur de l'ancienne.
Sur les lisières d'Augustodunum, dans les quartiers pauvres, voisins des remparts où la population des ouvriers gaulois semblait avoir été parquée, on a recueilli avec soin une grande quantité de médailles d'Auguste de tous les modules. Presque toutes ont le cou ou la face marquée d'un trait fait par un instrument tranchant. Nos antiquaires appellent ces pièces des «Auguste à cou coupé.»
L'usage de mutiler les pièces de monnaie, par haine du maître, date de loin, comme on le voit.
II REMPARTS ET PORTES DE L'OPPIDUM
Les remparts de l'oppidum ont--depuis l'époque gauloise--toujours servi de limite pour les droits d'usage des populations. Ils suivent les mouvements naturels du terrain--comme ceux des plus anciennes villes grecques et italiennes--et descendent fréquemment dans les gorges, parmi les sinuosités des vallées qui déchirent les flancs de la montagne.
Cette dernière disposition était commandée par la nécessité de s'assurer la possession des sources et des petits réservoirs établis en aval, dont on a retrouvé les bassins parfaitement corroyés. Sur les pentes trop ardues pour y élever des habitations, les remparts remontent; ils ont même parfois de deux à trois étages construits, selon la nécessité des lieux, soit pour défendre les chemins, soit pour mieux garantir certains points plus accessibles.
Le périmètre des fortifications embrasse environ 135 hectares sur une longueur de plus de cinq kilomètres, non compris les ouvrages avancés.[14]
Les murs, fouillés sur plusieurs centaines de mètres, ont été reconnus exactement conformes à la description donnée par César de ceux d'Avaricum. Ils étaient formés de grillages superposés en poutres croisées, reliées entre elles à mi-bois et fixées par des chevilles de 25 à 35 centimètres de longueur.