«Au mois de juillet 1647, ledit sieur président le Bailleul donna sa démission de la charge de surintendant des finances, de laquelle fut pourvu messire Michel Particelle, seigneur d'Émery, contrôleur général des finances, lequel en presta le serment entre les mains de Leurs Majestés, dans la ville d'Amiens, le jeudy 18 juillet 1647. Pour le regard de M. d'Avaux, il estoit encore en ce mois à Munster, plénipotentiaire pour la paix générale, avec M. le duc de Longueville et M. Servien, plénipotentiaire comme luy. Ledit sieur d'Avaux fut disgracié en juin 1648, et réduit (relégué) dans Roissy.

«Le 9 juillet, M. d'Émery fut disgracié et envoyé en sa maison de Taulay, et le mareschal de la Meilleraye fait surintendant des finances, et MM. Halligre et Morangis faits directeurs le mesme jour. Le président le Camus, son beau-frère, estant tousjours contrôleur général des finances, sans crédit, ayant perdu son appuy, M. d'Émery, son beau-frère.

«En mars 1649, le mareschal de la Meilleraye quitta la surintendance; et, en octobre 1649, MM. d'Émery et d'Avaux furent restablis dans leurs charges de surintendans, et lors les directeurs signoient les arrêts du conseil des finances avec eux; mais M. de Chasteauneuf ayant esté restabli dans la charge de garde des sceaux, au mois de mars 1650, les directeurs n'ont plus signé les arrests, ny esté appelés aux affaires de conséquence concernant les finances. MM. d'Avaux et d'Émery résolvant tout sans les y appeler, et toute l'autorité estoit entre les mains de M. d'Émery, encore qu'il fust tousjours malade.

«Au mois de [mai] 1650, M. d'Émery estant décédé, la reyne donna la charge de surintendant des finances, vacante par la mort dudit sieur d'Émery, à M. le président de Maisons (René de Longueil), président de la cour, et, au mesme temps, M. d'Avaux remit volontairement sa charge de surintendant entre les mains de la reyne, ne se voyant pas aux bonnes grâces de M. le cardinal Mazarin, qui ne communiquoit ses secrets qu'audit sieur de Maisons, son bon amy, et fit une action de prudence et de générosité tout ensemble, et a esté fort estimé. Satius est cum dignitate cadere quam cum ignominia servire.

«Le 8 septembre 1651, M. le marquis de la Vieuville fut restabli en sa charge de surintendant des finances, vingt-sept ans après en avoir esté despouillé, et fut mis en la place de René de Longueil, président de la cour et seigneur de Maisons. Il trouva huit intendans des finances: Mauroy, Tillier, Bordier, Foulé, Bordeaux, Gargan, Hervart et Marin.

«Le marquis de la Vieuville estant décédé le mercredy, second jour de janvier 1655, MM. Servien et Fouquet furent faits surintendans des finances, le samedy, 18 février 1655, et M. Mesnardeau-Champré, troisième directeur, avec MM. Halligre et Morangis.»

XIX

comparaison de l'administration de colbert et de celle de fouquet.

Colbert, dont l'acharnement contre Fouquet parait odieux, a effacé cette tache par les immenses services qu'il rendit à la France. Lui-même a pris soin de les rappeler dans un Mémoire qu'il présenta à Louis XIV, et où il attribue tout le mérité de son administration à l'initiative du roi[1661]. Après avoir tracé un tableau des réformes opérées en 1662, il continue ainsi: «Il sera peut-être bon de faire un parallèle de l'état du royaume pour toutes les affaires dans lesquelles les finances peuvent avoir part au mois de septembre 1661 avec celui du mois de décembre 1662, c'est-à-dire seize mois après que le roi a commencé à prendre le soin de cette nature d'affaires:

SEPTEMBRE 1661.DÉCEMBRE 1662
Les finances étoient régies par le
surintendant seul avec une autorité
souveraine, dont étoient provenus
tous les désordres.
Le roi a supprimé cette charge,
et s'en est réservé la fonction tout
entière, et s'est chargé par ce moyen
d'un travail de trois heures par jour
l'un portant l'autre, dont il s'est
admirablement acquitté.
Les manières pour la conduite des
finances étoient de faire et défaire
sans cesse, négliger les revenus
ordinaires et faire des affaires
extraordinaires [1662]
Le roi a supprimé les affaires
extraordinaires, et augmenté
prodigieusement ses revenus ordinaires.
Les impositions sur les peuples en
milles et droits sur les fermes étoient
augmentées en toute rencontre.
Le roi a diminué les tailles de
huit millions de livres en deux années
(1661 et 1662).
Les surintendants ne pensoient
qu'à appauvrir les peuples en augmentant
les impositions.
Le roi travaille à enrichir les
peuples par la diminution des
impositions.
S'enrichir eux-mêmes, leurs parents,
leurs amis et une trentaine
de gens d'affaires.
A s'enrichir soi-même pour pouvoir
ensuite faire des grâces.
Les bâtiments, les meubles, l'argent
et autres ornements n'étoient
que pour les gens de finance et les
traitants, auxquels ils faisoient des
dépenses prodigieuses, tandis que
les bâtiments de Sa Majesté étoient
bien souvent retardés par le défaut
d'argent; que les maisons royales
n'étoient point meublées, et qu'il
ne se trouvoit pas même une paire
de chenets d'argent pour la chambre
du roi.
Le roi leur a retranché toutes
ces superfluités et a fait passer,
pour ainsi dire, toute abondance en
ses maisons, qui sont à présent dignes
de Sa Majesté, non-seulement
par leurs bâtiments, mais encore
par les meubles, l'argenterie et autres
ornements.
Tous les beaux-arts n'étoient employés
que par les partisans traitants,
qui n'avoient ni le goût de
ces belles choses ni assez de force
pour les pouvoir soutenir par leur
protection.
Le roi a relevé les beaux-arts,
leur a donné sa protection tout
entière et en même temps les a
employé pour lui, ce qui les a
fait refleurir en peu de temps.
Les auteurs et tous les savants
couroient risque de tomber en cette
nécessité de n'avoir à louer que la
corruption.
Le roi les a retirés de cette disgrâce,
leur a donné sa protection
tout entière, et par le moyen des
pensions qu'il donne à tous les savants,
il y a lieu d'espérer que les
lettres seront plus florissantes sous
son règne qu'elles n'ont encore
été.
Les revenus étoient réduits à
vingt et un millions de livres; encore
étoient-ils consommés pour
près de deux années.
Le roi a augmenté ses revenus
jusqu'à cinquante millions
de livres en seize mois de temps.
La marine étoit entièrement perdue
et ruinée, soit pour les vaiseaux,
soit pour les galères, n'ayant
été mis en mer aucune galère depuis
près de dix ans, ni plus de deux
vaisseaux.
Le roi a mis dix-huit vaisseaux
en mer jusqu'en juin 1662, et, le
reste de l'année, six. Sa Majesté a
assemblé, avec un soin et une dépense
incroyables, assez de chiourmes
pour mettre, en 1662, six galères
en mer, et d'autres sur les
côtes de Provence.
L'on n'avoit jamais pensé au commerce
dans le royaume.
Sa Majesté en a fait un de ses
principaux soins, et a donné une
telle protection qu'elle a vu un nombre
considérable du vaisseaux se
bâtir de nouveau.
Les dépenses de l'État pour les
troupes, maisons royales et autres,
n'étoient jamais faites qu'après un
long retard et donnoient une occupation
perpétuelle à tous les gens
de finance pour toute l'année.
Le roi, dès les premiers temps de
l'année commencée, a donné ordre
à toutes les dépenses principales,
de sorte qu'il n'a plus été nécessaire
d'y penser tout le reste de l'année.
L'on consommoit en remises et
intérêts vingt millions de livres.
Le roi n'a plus donné un sou de
remise ni d'intérêt depuis qu'il a
pris soin de ses finances.
Toute la France et l'Europe
voyoient toujours le roi dans une
prodigieuse nécessité, ne subsistant
que sur le crédit des partisans
et ne pouvant jamais faire de dépense
extraordinaire.
Le roi s'est mis dans une si grande
réputation d'abondance d'argent
après l'affaire de Dunkerque[1663], que
toute l'Europe a craint l'achat de
terres, de places et de tous les États
qui pourroient être à sa bienséance.