Le singe a les mains, ou, pour mieux dire, les pattes, semblables aux mains des femmes, sinon que celles des singes sont velues par dehors, en quoy vous remarquez la mesme difference que celle qui est entre le né et le cul: le cul est velu par dehors et le né dedans. Reste à parler de la queüe, qui est la principale pièce, et de qui despend tout le mistère. Les singes n'ont point de queüe, n'aussi n'ont les femmes, et c'est en quoy elles se plaignent aussi bien que les singes; toutefois, elles ont mille inventions pour en trouver: car, pour une seule peau de connin, elles auront la queüe de plus de cent veaux, ce que ne peuvent faire les singes. Aussi les femmes ont tousjours le bruit de mieux traffiquer que tout autre animal, et, de fait, elles bailleront tousjours le double pour le triple. Les singes, de honte, sont tousjours assis sur le cul, à cause qu'ils n'ont point de queüe, et les femmes se couchent sur le dos afin d'en avoir. Bref, il y a une grande simpathie entre le corps d'un singe et le corps d'une femme.

Venons maintenant à esplucher les actions de l'un et de l'autre, et voyons si la femme n'a pas une grande correspondance d'esprit avec la nature essentielle et quidditative du singe.

Le singe a un certain instinct de faire tout ce qu'il void faire, et de produire les mesmes actions au jour qu'il void exercer par ceux qu'il regarde; peut-on trouver une singerie plus belle en la femme, laquelle ne s'ingère pas seulement de faire ce qu'elle void faire, mais mesme se veut quelquefois vaincre soy-mesme et aller au delà de ses forces?

N'estoit-ce pas une vraye singerie que ceste royne superbe des Assiriens, Semiramis, laquelle massacra son mary et son fils Ninus pour regenter sur les hommes, et osa bien mesme, tant elle avoit le cœur d'imiter les actions des hommes, quitter les habits de femme et se revestir du manteau royal?

N'estoit-ce point une singerie bien formée, de voir les cinquante Danaïdes feindre avec passion de caresser leurs maris la première nuict de leurs nopces, et cependant sous leurs chemises porter le cousteau fatal dont elles leur ravirent la vie?

Je serois trop prolixe si je voulois parler de toutes les singeries qu'ont exercé les femmes de l'antiquité: nostre siècle nous en produit assez d'exemples, et principalement la ville de Paris, où les cornes croissent invisiblement plus qu'en autre lieu du monde.

La singerie de ceste marchande de la rue Sainct-Martin estoit admirable, lors qu'elle fit venir son courtisan dans une basle de marchandise, et qui de nuict elle alloit visiter la basle et joüoit du flageolet cependant que son mary soufloit la cornemuse.

C'estoit une belle singerie que pratiqua ceste brunette d'auprès Sainct-Innocent, de se faire servir par un jeune garçon habillé en fille de chambre; mais tout le fait fut descouvert par le moyen du garçon de boutique, qui voulut faire l'amour à la fille de chambre, et trouva que son cas n'alloit pas bien.

C'estoit une singerie remarquable que celle de la procureuse du Chastelet, laquelle se faisoit ventouser par son clerc, quand son maistre arriva, sans sçavoir qu'il fust acteonisé, ou qu'on l'eust placé au zodiaque, au signe du capricornio.

Mais il y a bien plus à rire pour l'autre de la rue de Sainct-Honoré, assez proche de la Croix du Tiroir, qui fit entrer un certain bourgeois de la rue aux Ours en son logis, sous espérance de traitter avec luy, et cependant trois ou quatre estaffiers luy mirent la main sur le collet et luy donnèrent les estrivières. Il n'y avoit point à rire pour tout le monde, et principalement pour le susdit, qui depuis a juré qu'il n'avoit jamais dansé à telle feste.