Il y a quelques années que, feuilletant un ancien codice intitulé: le Répertoire des choses humaines, je trouvay que les dieux, voulant bastir et former l'homme, prindrent une grosse masse de terre, laquelle ils pestrirent longuement avec je ne sçay quelle mixtion celeste, et un temperament des qualitez elementaires (bien que les chimistes soient d'une autre opinion), puis, ayant mis toute cette masse à la fonte, firent l'homme composé d'une ame raisonnable, œuvre où l'art surmonta la nature, et où les dieux mesmes admirerent leur propre industrie, pour les richesses et raretez qui y furent encloses; et d'autant qu'il se rencontra beaucoup de matière qui restoit, ne voulant les dieux qu'une si divine composition fust perdue, ils la remirent de rechef à la fonte; mais ils ne s'apperceurent qu'à la façon des chimistes et soufleurs, en voulant purifier et rendre ceste matière plus excellente, elle se précipita et devint plus lourde et terrestre, et de ceste estoffe ils en formèrent la femme, beaucoup plus stupide et grossière que l'homme, et qui n'a rien de viril que ce que l'homme luy en fournit.

Il restoit encor quelque peu d'escume de la femme, dont les dieux, pour ne rien perdre, natura enim non facit frustra, bastirent et façonnèrent de petits avortons de nature, qui furent appelez pigmées ou nains, et des singes, leurs demi-frères.

De façon que l'homme est mitoyen entre les dieux et la femme, et ainsi la femme tient le milieu de l'homme et des pigmées et singes, qui ne leur ressemblent point trop mal.

Et ainsi on peut dire que les dieux, voulans former les femmes, prirent un peu de la nature et raison de l'homme, un peu des pigmées et de leur essence, et le reste ils le tirèrent des singes; et, de fait, on remarque plusieurs indices des singes qui se retrouvent en la femme. De là vient que les femmes sont ordinairement plus petites que les hommes, qu'elles se veulent mesler de tout faire et manier tout, et le plus souvent les hommes ne s'en apperçoivent qu'après que la besogne est faite. Les femmes, recognoissant de leur costé que de leur escume avoit esté fait et procréé le singe, animal assez plaisant, et voyant qu'elles estoient nées en ce monde pour servir de singe aux hommes et leur complaire, s'estudièrent de là en avant de proceder de bien en mieux, et, par un artifice nouveau, alambiquèrent la quintescence des singes, que nous apellons singeries, qui leur sont si familières et ordinaires, que, quand vous repasserez sur toutes les singularités de corps et d'esprit qu'estimez resider en elles, vous n'y trouverez autre chose que singeries.

Un second passage, qui confirme grandement tout ce que j'ay advancé des singeries des femmes, est celuy qui se retrouve dans le mesme autheur.

Au commencement du monde, les dieux avoient fait un beau verger et avoient planté l'homme et la femme au milieu pour contempler les fruicts; or, entre autres arbres, il y en avoit un de science et l'autre de singes, fruicts si agreables aux femmes, qu'elles quittoient le boire et le manger pour cueillir desdits singes, et despouilloient les branches, ne laissant rien sur l'arbre que les queües (de là vient que les singes sont aujourd'huy sans queüe).

Les dieux ayant remarqué ceste singerie, en punition attachèrent les femmes sur l'arbre et les entèrent sur les queuës des singes; c'est pourquoy maintenant les femmes aiment tant la queüe, n'y ayant morceau de chair ni venaison qui leur semble de meilleur goust, et depuis ce temps-là on a nommé toutes les actions des femmes singeries.

Si maintenant je veux allegorier ce discours et en venir à l'experience, quelle femme se peut rencontrer en tout l'univers qui n'a passé son temps en singeries, en momeries, bombances et niaiseries? Il ne faut point aller chercher d'exemples en Italie, le lupanar et la sentine de toutes les salletez des femmes; il ne faut aller en Espaigne ny en Angleterre, mais il faut venir à Paris: vous y verrez une fourmilière, non de femmes, bien qu'elles en ayent le visage et le dehors, mais un escadron de singes.

Les singes se remarquent à leur poil et à leur exterieure façon; à cela recognoistrez-vous les femmes; les singes ont une face que, si elle etoit masquée, ce seroit une vraye femme, et quand on me monstre une femme masquée, je m'imagine de voir un singe, tant le rapport a de proximité et de concurrence. Le singe cache mille ravauderies dans les concavitez de ses joües; la femme, sous un visage trompeur, cache tout ce qui se peut imaginer au monde de perfide et de meschant. Souvent vous croirez qu'elle vous caresse, mais, pire qu'une serène, elle taschera de vous engluer en ses rets et se mocquera de vous. Il n'y a rien de plus inconstant que la face: c'est une lune qui a ses croissans, ses cartiers et son plain; tantost elle paroistra plaine, à l'autre elle semblera carne[36]; et comme jadis la teste de Meduse convertissoit toutes choses en pierre, ainsi l'homme à l'aspect de la face de sa femme deviendra cornu. La femme est un vray Prothée, il n'y a rien qui change plus tost.

Fiet enim subito sus horridus atraque tigris
Squammosusque draco et fulva cervice leena.