S'est presenté le sieur Rouillard, syndic des advocats, requerant qu'il soit declaré que, sans desroger à la pureté de la langue, les advocats auront droict de continuer à se servir de tous les mots de pratique, surtout de salvation, forclusion et autres en ion, même d'intimation avec son O, quy est ny en grec, ny micron, mais notoirement bon françois, puis qu'il donne à vivre à tant d'officiers du roy en cour souveraine, declarant excepter de sa requeste les mots de haro et de chartre, qu'il recognoist n'estre que de pratique normande.—R. La compagnie, sans avoir esgard à la requeste verbale dudict Rouillard, a ordonné que le jargon des advocats ne peut estre receu françois que sus lettres royales quy ne soyent ni obreptices ny subreptices.

S'est presenté le syndic des secretaires de Sainct-Innocent[76], requerant qu'il soit dit que le mot de secretaire ne peut signifier en bon françois le clerc d'un conseiller.—Respondu: Seront sur ce faites remontrances au roy de la Bazoche.

Se sont presentées plusieurs dames expressement revenues du cours pour requerir qu'elles peussent s'approprier le mot de ravissant[77] et l'appliquer à tout.—R. Accordé, reservée l'opposition des tresoriers.

S'est presentée une mercière du Palais, requerant qu'il fust declaré que c'est parler bon françois de dire qu'une dame porte un galand[78].—R. Accordé.

Se sont presentés... curateurs de la poesie du feu sieur de Malherbe, requerant qu'il soit declaré que les mots de face, canton et ligue, ne sont pas françois.—R. Pour le mot de face, sera escrit à monsieur de Marcheville pour le supplier d'en conferer avec le premier vizir, pour tascher de savoir si le grand Turc se le veut approprier privativement; pour les mots de canton et ligue, semblable despesche sera faicte à messieurs les ambassadeurs vers les Suisses et Grisons.

S'est presenté l'intendant des planettes, requerant que errer et tout ce qui en derive soit declaré n'estre pas injure en françois.—R. Accordé, en consideration du favory de la lune.

S'est presenté un novice en poesie, requerant, de peur de se mesprendre en chose d'importance, qu'il plaise à la compagnie desclarer quel genre sont les mots navire et affaire[79].—R. La compagnie surseoit à opiner sur sa requeste jusques à l'arrivée du sieur Racan[80].

S'est presentée la demoiselle de Gournay, requerant qu'on ne retranchast pas du bon françois les mots qu'elle a succé avec le laict, qu'elle pourroit soustenir signifier tout ce qu'ils veulent dire, declarant toutefois la dicte demoiselle que, pour eviter à procez quy finiroit à peine avant sa vie, elle ne demande en ceste premiere assize que le restablissement par provision de ains, jadis et pieça, bons et vieux gaulois, comme sçavent tous ceux quy ont leu les livres modernes[81].—R. Pour jadis et pieça, fins de non-recevoir; pour ains, soit communiqué au sieur abbé de Croisilles[82].

S'est presenté le procureur des Petites Maisons, requerant que le langage de l'Erty[83] ne fust pas supprimé.—R. Soit communiqué au sieur de Vaux[84].

S'est presenté Bocan[85], bon violon, requerant que bail à ferme n'aye point de pluriel, si bal pour dancer n'en a aussy, le tout pour eviter à noyse, quy arrive souventefois faute de s'entendre, luy requerant, quy n'a pas si bien en main le pied que la langue, ayant couru, il y a un peu plus de deux sepmaines, il ne sait quel hazard, pour avoir dict, selon qu'il luy vint à la bouche et sans premeditation, qu'un caresme prenant luy faisoit bien faire ses affaires, parce qu'il ne se faisoit point de baulx où, malgré les envieux, il ne fust appelé et prié d'y prendre telle part que bon luy sembleroit; un partyzan, quy par malheur estoit de la compagnie, et pour lors avoit baulx à ferme en teste, s'imagina à tort qu'yceluy requerant couroit sur ses marchez, et, preoccupé de passion nullement amoureuse, luy dressa une querelle où tout au moins la poche[86] dudict Bocan eust cassée esté, si par amis communs n'eust esté remonstré au partyzan que les baulx dont avoit parlé Bocan n'estoient que pour dancer, et non pas à ferme, ledict mot de baulx pouvant signifier les uns et les autres en pluriel, ce qu'ils le prioient de croire tout au moins par interim, jusqu'à la tenue des Grands Jours de l'eloquence françoise, à la première assise desquelz se chargeoit ledict Bocan d'obtenir pour ledict mot de baulx reiglement entre les partyzans et les baladins; accommodement quy fut enfin accepté respectivement, pour auquel satisfaire de sa part, conclut ledict requerant ainsy que dessus.—R. A cause de l'importance de ce quy est requis, est deputé le sieur de Bois-Robert pour en conferer avec le sieur de B.