S'est presentée Guillemine, la revenue recommandaresse de nourrices, exposant que, quand elle presente quelqu'une de sa cognoissance pour estre nourrice en bonne maison, la première demande qu'on fait à ladicte exposante est si la nourrice qu'elle recommande sçait bien parler françois, ce qu'elle ne peut ny ne doit garantir, mais seulement, ce quy est de son etat, que la nourrice a bon laict, est et sera tousjours, si Dieu plaist, de bonne vie, et mourra sans reproche: de quoi ne se contentent pas les monsieux, disant qu'il faut à leur enfant une nourrice quy parle françois, et encore immatriculée au secretariat des Grands Jours de l'eloquence françoise, quy sont qu'elle n'entend point; mais elle supplie qu'on ne luy oste pas sa chalandize.—R. Sans approuver le mot de recommandaresse que l'exposante prend pour qualité, à ce que soit promptement pourveu au cas par elle exposé selon son exigence, dans huictaine la compagnie donnera cognoissance des commissaires pour approuver les nourrices capables d'apprendre à parler aux petits enfans.

S'est presentée Perrette Lemaigre, doyenne des harengères de la halle, suppliant pour la My-Caresme.—R. Renvoyé après Pasques.

S'est presenté Gilles Feneant, sieur de Tourniquet, l'un des ordinaires de la maison du roy de Bronze, fondé en procuration du Filou et de Lanturelu, requerant qu'il plaise à la compagnie declarer que vrayement, C'est mon, Voilà bien de quoy, et toutes chansons de ceste sorte composées par quelques autheurs que ce soit, ne contiennent que bon françois.—R. Soit communiqué à Jean de Nivelle.

S'est presenté le sieur Renaudot, suppliant qu'on le desdommageast de la perte qu'il estoit contrainct de souffrir par l'establissement des Grands Jours de l'eloquence, evidente en ce que les Allemands et autres nations n'auront plus recours à son bureau[87] pour avoir adresses aux maistres de la langue françoise. Item a requis le sieurdict Renaudot qu'affin que la fille n'estouffast pas sa mère, le lundy soit jour de vacation pour Messieurs, comme samedy pour les predicateurs.—R. Communicquera ledict Renaudot ses griefs pretendus au procureur de la compagnie.

S'est presenté le sieur B., fondé en raisonnement, requerant que, sans interloquer ny deputer commissaire, soit declaré par la compagnie que le mot car[88] est bon et naturellement françois, et tout au moins très utile à la langue. Sur ceste requisition, a remonstré le sieur de Gomberville que, sauf meilleur advis, le sien estoit qu'il fust traicté de de, de du, de a, de au; articles il, le, luy, ils, les, leur, son et autres pronoms, le tout par preferance audict car, quy tout au plus, ce luy semble, ne pouvoit pretendre que conjonction. Monsieur le president a demandé au procureur de la langue ce qu'il concluoit, tant sur la requysition cy-dessus que sur la remonstration dudict sieur de Gomberville, lequel procureur a dit que pour le deu de sa charge il concluoit aux fins de la remonstrance dudict sieur de Gomberville, sans que toutesfois sa conclusion ne portast aucun prejugé au fond de l'affaire de car, mais seulement à ce que fust conservé son rang et ordre à chaque partie de la grammaire: à quoy la compagnie doit avoir principal esgard.—R. La compagnie a ordonné que sera procedé suivant les conclusions du procureur de la langue.

Finalement, a requis ledict procureur que naturalité fust naturalisée par la compagnie, parce qu'il en falloit des lettres à intriguer, agir, negotier, ministre, genie, parque, et à quantité d'autres necessaires, ce luy sembloit, à l'entretien des Grands Jours. R. La compagnie a naturalisé ladicte naturalité et ordonné au secretaire de la langue d'en expedier des lettres aux desnomés en la requysition cy-dessus.

Comme l'assize estoit preste à se lever, s'est presenté tumultuairement le sieur de l'Usage, declarant par le notaire le Peuple qu'il se portoit pour appelant devant quy il appartiendroit de tout ce quy seroit ordonné par Messieurs tenant les Grands Jours de l'eloquence françoise, si au prealable ne luy estoit communicqué en Cour, où il elisoit domicile.

La compagnie a dit que ne pouvoit pour le present estre opiné sur ceste affaire, parce que l'heure d'aller chercher à vivre venoit de sonner, après laquelle est arresté aucune affaire ne pouvoir estre traictée ny proposée, echeant besoin notoire à la plus grande partie de Messieurs de sortir precisement à icelle.

FIN.