L'ambassadeur du roy de Hongrie donna un diamant d'une incroyable grosseur, estimé vingt mille richedales.
L'ambassadeur de l'électeur et duc de Bavière fit deux presens: l'un d'une fontaine d'or artistement fabriquée, et d'une grandeur desmesurée, de la part de son maistre, et l'autre d'un aigle d'or, dans lequel y avoit un horloge très artificiellement fait, de la part de l'électeur de Cologne.
La princesse de Brandebourg estant à demie lieuë de la ville de Cacha, le prince de Transilvanie alla au devant d'elle, accompagné de six mille chevaux, quinze cens Hongrois vestus tous de bleu avec du passement d'argent, cinq cens mousquetaires allemans, vestus de satin rouge avec du passement d'or et la livrée blanche, et une très grande suitte de seigneurs et de gentilshommes, qui estoient tous si bien couverts qu'il y a longtemps qu'on n'a veu chose si magnifique. Ce fut dans une grande campagne, où le prince avoit fait tendre grande quantité de tentes et de pavillons d'estoffes rares et precieuses, que se rencontrèrent ces deux amans. Le prince, voyant que sa maistresse avoit fait arrester son carrosse pour descendre et le saluer, luy descend aussi-tost de cheval, et, s'estant approché d'elle sans luy faire de grands complimens, il luy donna la main, qu'elle baisa, et la conduisit dans un pavillon de velours rouge tout couvert de clinquant d'or, où ils devisèrent ensemble une bonne heure et demie, après laquelle le prince sortit de là avec sa maistresse, laquelle il fit monter dedans un carrosse de velours cramoisy brodé d'or; luy monta à cheval et s'en retourna dans la ville en bel ordre, à la teste de toutes ses trouppes, où devant lui paroissoient douze chevaux aussi richement enharnachez qu'il est possible de descrire, menez en main par douze esclaves; deux elephans les suivoient, d'une prodigieuse grandeur, couverts de velours cramoisy en broderie d'or eslevée, où estoient depeintes toutes les actions les plus remarquables qu'avoit jamais fait le prince en toutes ses guerres.
En cest apareil entra ce grand guerrier dans la ville, et ensuitte la princesse, sa maistresse, avec madame la duchesse de Bronsvich, sa sœur, qui estoit dans un carrosse de velours cramoisy, avec des clinquans d'or et d'argent aussi bien dehors que dedans.
A leur suite il y avoit cent cinquante coches à la mode du pays, couverts de cuir rouge, tirez chacun par six chevaux, et conduis par deux cochers, vestus d'escarlatte, chamarrez de passement d'or; deux cens cavaliers suivoient après, aussi vestus d'escarlatte, avec du passement d'or, et autre grand nombre de noblesse, qui n'avoit rien espargné pour paroistre à un jour si solennel.
Il se remarque particulierement que le mareschal de Brandebourg avoit fait faire si grande quantité d'habits, et de si riches, qu'on en croit, la despence revenir à cinquante mille richedales.
Plusieurs pages, montez sur chevaux fort richement enharnachez, marchoient après, ayant les pourpoins de toille d'or noir découpée, et dessous des camisolles de toille d'or, et les hauts de chausses et manteaux de velours noir, chamarrez de passement d'or, et grand nombre de laquais vestus de la mesme façon.
C'est là la suite de la princesse, qui, pour n'estre point d'une haute taille, ne laisse pas d'être d'aussi bonne mine qu'il se peut dire. Elle est brune, mais la plus agreable et la plus blanche qui se puisse voir; elle begaye un peu, mais non à dessein, ny par affetterie, et cela luy revient si bien qu'il y a de l'admiration à l'ouyr parler; ses mains sont si blanches et si polies qu'il n'y a marbre qui le soit davantage.
Après que l'ambassadeur de l'Electeur de Brandebourg, qui avoit arrivé avec la princesse, eust eu audience, il presenta au prince un petit coffre d'ambre, plein de pierres précieuses d'un prix inestimable.
Cela fait, la ceremonie du mariage se fist au palais du prince, en presence de tous les ambassadeurs, et peu après on commença le festin, qui dura huict jours continuels, durant lesquels il ne se vit jamais des choses semblables. Là furent servies force viandes accomodées à la façon des Hongrois, desquelles ne peurent manger les Allemans, et, ne les trouvans à leurs goûts, les rejettèrent, s'en mocquant et n'en faisant point d'estat. Pendant ce temps là, c'estoit à qui inventeroit de nouveaux passetemps pour honorer le triomphe de ce mariage. Le jour on voyoit force courses de bagues, combats à la barrière, et autres exercices que la noblesse allemande est curieuse de venir apprendre en France; le soir, on prenoit plaisir à voir toutes sortes de feux d'artifices, danses et jeux, dont chacun se divertissoit selon son inclination.