Item, celles qui sont d'une grosse stature et grossière taille, portent d'amples et larges manches et de grands vertugadins, ou, pour bien dire, cache-bastards[242], qui relèvent fort par derrière. Par iceluy moyen, on ne verra point cette desfectuosité.

Item, celles qui auront soufflé l'alquemie devant le siége de Soissons[243], quy seront maigres et descharnées, il faut pour cela faire paroistre d'une assez bonne façon, portant leurs coiffeures fort estroictes, et leurs collets assez petits, et leurs robbes moderement garnies.

Item, celles qui seront boiteuses, il leur est necessaire de porter un soulier plus haut que l'autre.

Item, celles quy seront d'une petite stature, et quy seront restées de la race des pygmés, pourront estre en un instant, sans esternuer, ne leur dire que Dieu les croisse, se faire de la riche taille par le moyen d'un soulier d'un demy-pied de liége de haut, quy sera caché par leurs longues robbes, et par ainsy, où la nature a denié la bienseance, il est necessaire de la trouver par artifice.

De plus, il vous est necessaire, chères compatriotes, qu'outre la bienseance des habits il se faut estudier à former vos actions, affin que l'un corresponde à l'autre, et que par ce moyen vous puissiez parler sans dire mot; et pour ce faire, vous employerez les yeux de quelque vieille matrone qui aura fait son cours en la phylosophie cyprienne, devant laquelle vous cheminerez, pour estre asseurées si votre allure est trop prompte, trop lente, trop affectée, trop niaise ou trop grave, afin de la former selon votre taille, votre air et votre naturel, pour ce qu'il faut laisser tousjours quelque chose de sa nature, qui veut avoir bonne grace.

Plus, pour votre dernier stile, pour voir ce que nous avons specifié vous estre convenable, vous aurez recours à un miroir pour y puiser vos secrets, et apprendrez par iceluy à regarder si votre visage est trop gay, trop triste, trop doux ou trop soucieux, et y reformerez et adjoutterez ce que vous y trouverez necessaire. Par ce moyen, vous instruirez vos yeux à donner des regards doux, et vos bouches à former en un instant des petits souris pour les accompagner, et apprendre à jeter de rudes œillades, et quelquefois de douces à ceux qu'il vous plaira; et suivant ces instructions, nous sommes asseurées, chères compatriotes, que jamais l'ambre n'attirera tant à soy que vos feintises amoureuses attireront à vous autres ces pauvres malheureux errans. Voilà donc ce que pour le present, à ce nouvel an, nous vous pouvons envoyer, que nous vous prions de recevoir d'aussy bon cœur que nous sommes à tout jamais vos chères compatriotes et humbles servantes.

De Rouen, aux fauxbours de Soteville, fripant la crème, ce premier jour de l'an mil six cens dix huict.

Amy lecteur, l'une des copies de ce discours m'estant tombée entre les mains, j'ay estimé que je serois très ingrat si je ne le faisois voir au jour, pour servir d'avertissement à ceux qui sont tellement abandonnez à leurs appetits charnels, et quy le plus souvent se laissent aller aux charmes et faintises de ces bestes envenimées, quy ne s'estudient, comme il paroist par ces salles et impudiques discours, que pour attraper ceux quy par trop aiment leurs salles et deshonnestes plaisirs, et quy le plus souvent, par le moyen de ces canailles, perdent le corps et l'ame. C'est pourquoy je m'en estonne si Aristote disoit que nature a faict les femmes plus belles et tendres que les hommes; aussi les a-t-elle faict plus fines, cauteleuses et malicieuses. Cela occasionna Codrus à dire que le ciel ne contenoit tant d'estoiles, ne la mer tant de poissons, que la femme couvoit de fraude et de malice dans son ame pleine de curiosité et de desirs. Chiron disoit qu'il estoit meilleur d'ensevelir une femme que de l'espouser. La femme chaste, pudique et vertueuse, se fait bien cognoistre et respecter sans mot dire.

La fille de joye porte preuve de son deshonneur en ses gestes et en sa contenance, disoit l'ancien tragique Eschylian, dans Athènes.

C'est le propre de la femme de se laisser tromper, dit sainct Hierosme, et de tromper les autres. Aussi, si la première femme ne se fust mise du party du diable, le diable se desesperoit de venir à bout du premier homme. Il suit encore son premier train, dont il s'estoit bien trouvé. Tu es la porte du diable, disoit Tertulian à sa femme, etc. La première qui a mis la main au fruict deffendu, la première qui a abandonné Dieu, et avec si peu de peine a faict perdre l'homme, quy est l'image de Dieu, que le diable n'avoit osé aborder. J'aurai recours, disoit ce malin, dans Origènes, quand il vouloit s'aider de la femme, j'aurai recours à mes anciennes armes, disoit-il, pour vaincre l'homme.