Les Sybarites convioient les femmes au festin un an avant le jour, afin qu'elles eussent le loisir de se parer de vestemens et joyaux pour y venir et s'y presenter. Ces festins sont aussy ruyneux à la bouche que les plaisirs charnels à ceux quy les frequentent.

Vous semblez aux tombeaux, peinturez au dehors;
Au dedans l'on n'y voit que pourriture et morts,
Où repaissent les vers leur extrême famine;
Vos visages sont feintz, vernissez et fardez;
De mille clouds luisans vos habits sont parez,
Mais vos corps sont remplis de puante vermine.

Vous fardez vos discours afin de nous flechir,
Vous emplastrez vos cols, afin de les blanchir,
De graisse et d'argent vif encorporez ensemble[244];
Puis, nous livrant l'assaut, vous laschez vos boutons,
Afin de nous monstrer vos estranquez tetons,
Que vous faictes enfler au moyen d'une sangle.

Vostre miroir vous fasche en disant verité;
Vous accusez le ciel pour n'avoir de beauté;
De vermeil et de blanc vous forcez la nature;
Vos visages fumez, barbouillez et rouillez,
Semblent des parchemins de lescive mouillez
Quand d'un fard espagnol vous raclez la peinture

Ny du foudre eclatant l'epouvantable bruict,
Ny les affreux demons quy volent jour et nuict,
Ny les crins herissez de l'horrible Cerbère,
Ny du Cocyte creux la rage et le tourment,
Ny du père des dieux le sainct commandement,
Ne sauroit empescher la femme de malfaire.

Un demon, une femme, sont tous deux compagnons:
L'un est maistre en malice, l'autre en inventions.

FIN.

La rubrique et fallace du monde, pasquin excellent.