Je conclus, Messieurs, à ce qu'il plaise à la Cour déclarer ledit Polichinel düement atteint et convaincu du meurtre commis en la personne de messire Rominagrobis Mitoulet, et, pour réparation de ce crime, ordonner que son enseigne sera dépendüe et lui y être pendu à la place; déclarer ses biens acquis et confisqués au profit de la veuve et de ses fils, avec tous dépens, dommages et intérêts, et, en cas de récidive, le condamner aux galères.
Leu et approuvé par moi, censeur pour la police, ce 29 août 1743.
Vu l'approbation, permis d'imprimer. A Paris, ce 2 septembre 1743.
Marville.
Plaidoyer pour Boscot Polichinel, marchand épicier-droguiste, défendeur;
Contre Gerofflette Perronnelle Minette, veuve de Rominagrobis Mitoulet, demanderesse, accusatrice.
Messieurs,
Je parle ici pour Boscot Polichinel, bourgeois de cette ville, marchand épicier-droguiste, contre Gerofflette Perronnelle Minette, veuve de Rominagrobis Mitoulet, demanderesse, accusatrice.
Le combat qui s'engage entre les parties a de quoi vous surprendre. C'est une chatte qui poursuit la mort de son prétendu mari; eussiez-vous jamais cru avoir à juger de la destinée d'un chat? Mais Mitoulet n'étoit pas, ainsi qu'on vous l'a dit, de ces chats ordinaires; ses vertus et ses talens devoient le distinguer de ceux de son espèce. Des vertus et des talens dans un chat! Pour moi, j'avois jusque alors vécu dans l'opinion que tout le mérite d'un chat consistoit à croquer une souris; mais il appartenoit à nos adversaires d'ennoblir de si petites idées.