27. Par ce que nous voyons les forests de nostre convent se depeupler de jour à autre par les degradations et mauvais mesnages de plusieurs nos predecesseurs, ce qui est venu en tel excès qu'il y a danger que les bois ne nous defaillent par cy-après; d'ailleurs la plus grande partie de nos terres a esté employée en vignes, qui tourne au grand interest de tout le public; nous, pour tenir le moyen à l'un et à l'autre point, defendons de coupper plus bois de haulte fustaye, jusques à ce qu'autrement en ait esté par nous et nostre conseil ordonné; et au surplus, à l'imitation de quelques anciens empereurs, voulons que la troisiesme partie du vignoble soit arrachée et reduicte en terre labourable[173]; et, pendant cette surseance de coupper, les gentilshommes et damoiselles se chaufferont de serment, et les pauvres de paille ardant.
28. Tous arbres esquels croissent noix[174] ou noisettes seront arrachez. Aussi ne seront semez en nos jardins souciz ny pensées.
29. Quant aux jeux et autres recreations d'esprit, nous permettons toutes sortes de jeux honnestes. Entre lesquels recommandons par especial le trou madame, le jeu du billart, tous jeux de dame souz le tablier[175], ausquels gardans les severitez, il sera joué à tous jeux, mesme à dame touchée dame jouée; ne sera joué à la renette[176], sinon à qui fait l'un fait l'autre[177]; approuvons semblablement le jeu du fourby et de cubas[178], aux cartes, excepté que des cartes françoises nous ostons les picques, tresfles et careaux, retenants seulement les cœurs, et des cartes d'Italie les espées, bastons et deniers, retenans seulement les couppes[179], et sera doresnavant le jeu de cartes composé de cœurs, couppes, las d'amours et fleurs. Louons aussi grandement le jeu de paulme, auquel jouant à fleur de corde[180], sçaura donner bas et roide dedans la belouse, tous lesquels jeux nous ne rejetons, et autres de mesme marque, moyennant que le tout se face sans opinion d'avarice ou argent, pour laquelle cause, entre tous les jeux, deffendons notamment le jeu de la pille[181].
30. Recevons entre gentilshommes et gentilzfemmes les esbats qui leur sont destinez d'ordinaire: jeux de luitte, courre la bague, faire des combats plaisans, à la charge que, s'il se trouve gentilhomme qui refuse, ou d'entrer en la lice, ou de mettre la lance en l'arrest quand l'occasion se presentera, le declarons indigne de porter les armes, et le degradons du tiltre et qualité de noblesse, avecques sa postérité.
31. Et pour le regard des luittes, par ce que les femmes sont ordinairement plus foibles, et qu'il leur est de besoin destourner la force de leurs combatans par leurs subtilitez et engins, permettons seulement aux femmes de bailler le sault de Breton[182]. Pourront neantmoins les hommes leur donner roidement le crocq en jambe, selon que les necessitez leur apprendront.
32. Authorisons, entre les dances, tous branles, et par spécial les branles gay, et branle double[183], branle de la touche[184]; et combien que ce soit chose de dangereuse consequence de permettre aux particuliers, en une republique, d'innover aucune chose, toutesfois nous, pour aucunes bonnes causes et considerations à ce nous mouvans, permettons à un chascun et chascune d'inventer telles diversitez de branle qu'il luy plaira. Aussi advoüons les basses dances et gaillardes; et sur tout enjoignons à ceux qui pendant les dits branles ne pourront faire l'amour de la langue, le facent de la main et des yeux.
33. Pour ce qu'il n'est en nostre puissance eslongner les guerres de nous, lorsqu'il plaira à Dieu nous les envoyer, voire que le plus du temps elles nous sont suscitées par nostre propre et particulier instinct, n'y ayant celuy de nous lequel n'ait naturellement quelque inclination à conquerre, voire appetons amasser ambitieusement, affectionnez d'autre part d'estre dits vaillans combatans, voulons que ès assaux et batteries des villes il n'y ait aucun de nos soldats qui y ait le bras engourdi, ains face ses approches hardiment, sans rien toutesfois alterer de la discipline militaire. Puis, quand la brèche sera nette et raisonnable, y entrent gayment, et, comme l'on dit, de cul et de teste, sans reboucher, comme s'exposantz à un lict d'honneur. Et neantmoins, afin qu'ils soyent tousjours tenus en haleine, ordonnons que pendant qu'ils pousseront leur fortune dans la dicte brèche, l'artillerie jourra tousjours vigoureusement, vistement et vivement, jusques à ce que la ville soit totalement rendue, auquel cas sera seulement sonné la retraite; et sur tout inhibons à tous coüarts de s'exposer à tels hazards, sur peine d'estre dicts niaiz.
34. Et par ce qu'il n'y a pas moindre peine et industrie à conserver qu'à conquerir, voire que l'on ne doibt faire aucun estat d'une conqueste, qui n'employe puis après son entendement et estude à la conservation du conquis, voulons que, la ville estant prise, elle soit bien deuëment et diligemment envitaillée.
35. Aussi qu'elle soit encourtinée de tous costez de fortes murailles, ramparts, scarpes et contrescarpes; et y aura ordinairement gens exprès, lesquels, pour éviter les eschauguettes[185] et embuches de l'ennemy, feront sentinelle jour et nuit. Au demeurant, enjoignons qu'il n'y ait si petite forteresse qui ne soit pour le moins flanquée de deux bastions, que les ingénieurs appellent ordinairement coüillons, qui se mireront l'un l'autre, sur lesquels sera l'artillerie braquée, preste à jouer, si le temps et la necessité le requièrent. Toutefois ne voulons plus qu'ès forteresses on y face des faulses brayes; et si le soldat a besoin de confort, le pourra aller chercher chez ses voisins.
36. Deffendons à tous marchans de n'apporter du poivre en nostre convent.