Ce bel asne estoit si parfait,
Qu'on dit que Midas l'avoit fait.
Il ne demandoit rien qu'à rire,
Et parloit si haut et si clair,
Que, s'il eût appris à escrire,
Il eût esté le maistre clerc[98].

Dis-moy donc, monstre plein de fiel,
Procureur barbare et cruel,
Infame et vilain onophage,
Loup affamé plus que brutal,
Pourquoy exerce-tu ta rage
Contre cet aimable animal?

Tes sens contre toy revoltez
Te bourellent de tous costez;
Ta conscience te gourmande,
Le sang de ton frère epanché
Demande à tous que l'on te pende,
Afin de punir ton peché.

Puis j'ecriray sur un tableau:
Cy gisent dessous ce tombeau
Deux gros asnes qui par envie
Les uns pour les autres sont morts;
Ils estoient deux pendant leur vie,
Et maintenant ce n'est qu'un corps.


AUX LECTEURS.
EPIGRAMME.

De ce fratricide execrable
Les vrays temoins sont Fagotin
Et tous les mangeurs de boudin.
Ce discours n'est pas une fable:
C'est pourquoy je croy que mes vers
Luy mettront l'esprit de travers,
Car tout le monde le condamne;
Que si cet ecrit voit le jour,
Un chacun dira que son asne
Avoit des amis à la cour.