Parisiens, où est vostre cœur
De souffrir que ce procureur
Vous traitte comme des canailles,
Qu'il ait vos citoyens meurtris?
Car, estant né dans vos murailles,
Cet asne est enfant de Paris.
Prenez les armes, vangez-vous,
Et luy donnez cent mille coups;
Despeschez tost, vous l'avez belle,
Maintenant qu'on est en repos;
Si la guerre se renouvelle,
Il vous mangera jusqu'aux os.
On dit que le brave Samson
De la maschoire d'un asnon
A sceu très vaillamment combattre
Et defaire les Philistins;
Mais ce procureur en a quatre,
Dont il tuera tous ses voisins.
D'une seule Caïn cruel
En assomma son frère Abel,
Ainsi que disent les histoires;
Pourquoy faut-il donc que ce chien
Se soit servy de deux maschoires
Afin de devorer le sien?
Partout se trouve des mechans,
A la ville aussi bien qu'aux champs,
Qui sont plus malins que le diable
Pour commettre mille delits;
Mais pour ecorcher son semblable
Ce procureur est encor pis.
On dit qu'il a changé son nom,
Qu'il n'est plus qu'un pauvre pieton,
Pour avoir mangé sa monture,
Et que sa femme et Fagotin,
N'ayans point d'autre nourriture,
En ont fait bien souvent festin.
Mais qui l'auroit jamais pensé,
Que ce procureur insensé
Eust fait cet horrible carnage!
Plaideurs, cessez vos differens,
Fuyez ce mechant dont la rage
N'a pas epargné ses parens.
Sa femme dit qu'il est prudent
D'avoir serré le curedent,
Qu'il cherit comme des merveilles,
Pour faire avec elle la paix,
Et qu'il a gardé les oreilles,
Qu'il monstre à tous ceux du Palais.
Du sang il en fit du boudin,
Qu'il envoya par Fagotin
A tous ceux de son voisinage,
Et de la peau un bon tambour,
Afin d'animer le courage
De tous les grans clercs de la cour.
Il est un fort bon menager
De tout ce qu'il n'a peu manger,
Mesme des choses les plus ordes;
Veu que des boyaux les plus longs
Il en a fait faire des cordes,
Pour servir à des violons.