O supplice infernal en la terre transmis[24]
Pour gêner les humains! gêne les ennemis
Et les charge de fers[25], de tourments et de flamme;
Mais fuy de ma maison, n'approche point de moy:
Je hay plus que la mort ta rigoureuse loy,
Aymant mieux espouser un tombeau qu'une femme.

Demosthène disoit que les hommes ayment les femmes pour le plaisir qu'ils espèrent, sans avoir esgard qu'elles sont ordinairement le travail de l'esprit et le fleau le plus violent qu'ils puissent avoir.

Quoy que j'ay parlé de mariages en diverses façons, si neantmoins je cognois que c'est une necessité à la nature humaine pour plusieurs et diverses raisons, tant pour la generation qu'autres commoditez qu'ils apportent; mais il faut regarder premierement, pour bien et deuement choisir une femme, qu'elle soit chaste et vertueuse, venue de bon lieu, issüe de parents sans reproches, bonne mesnagère, et surtout mediocre en habitz, parce que la superfluité la rend orgueilleuse et mescognoissante[26], tout ainsy que ces joüeurs de tragedies, où un faquin, estant revestu, representera librement le personnage d'un roy ou empereur en gravité et audace; de mesme elle sera hautaine, et quelques fois contraincte pour son entretient faire des metamorphoses domestiques, comme dict un poète françois en ces vers:

Du temps passé nous lisons que les fées
Firent changer d'homme en cerf Actéon,
Et maintenant ceste mutation
S'exerce encor par des nymphes coiffées.

Ceux quy se veulent marier, il faut qu'ils s'interrogent eux-mesmes s'ils sont puissans assez pour s'acquitter d'un si pesant fardeau: car de joüer après à Jan-qui-ne-Peut, le diable seroit bien aux vasches. Or, pour le bien choisir, je serois de l'avis du sieur Desportes en ces Stances du Mariage, qui dict:

Il faut un bon limier, penible et poursuivant[27],
Nerveux, le rable gros et la narine ouverte,
Quy roidisse la queue et l'alonge en avant
Sitost qu'il sent la beste ou qu'il l'a descouverte.

Non pas des petits darioletz[28] effeminez, à quy leurs femmes sont contrainctes dire, peu de temps après qu'elles sont mariées: Jan, ne trouvez pas estrange que, si ne faites mieux qu'avez faict ces jours passez, je mettray un autre à vostre place. Voilà, en somme, mon amy, comme il y a beaucoup de cornards par leurs fautes.

Quiconque se veut marier et s'employer à son devoir, il faut qu'il soit d'un age mediocre, fort et bien sain en tous ses membres, bonne veüe et point subject à ce reproche, pourtant lunettes, d'estre banni du bas mestier, comme disoit un jouvenceau de ce temps:

Veillard quy portez des lunettes,
Retirez-vous loin des fillettes,
Et permettez-nous que l'amour
De chacun se serve à son tour:
Car, si vous prenez ma maistresse
Pour vos biens et vostre richesse,
Cela n'est rien: il faut un poinct
Pour conserver son embonpoinct.

Voilà en bref ce que je puis dire du mariage, non pas pour l'avoir esprouvé, car, Dieu mercy, je suis puceau, et si le veux estre tout le temps de ma vie, afin qu'après ma mort je me voye promener en terre avec de belles torches blanches, en tesmoignage de ma chasteté: car je me puis bien vanter d'estre vierge, ou jamais vache ne le fust. Adieu.