Lyco-phagos, autant habile
Que chien qui fust en ceste ville
A chasser aux rats, aux souris;
Lyco-phagos, par privilége
Roy des animaux du collége
Et doyen des chiens de Paris.
Lyco-phagos, galant et leste;
Lyco-phagos, grave et modeste
Autant qu'on sauroit souhaitter,
Soit qu'il tînt à mon maistre escorte,
Soit qu'il conduisît à la porte
Ceux qui le venoient visiter.
Lyco-phagos, qui souloit estre
Le contentement de son maistre;
Lyco-phagos, sage et discret,
Lorsque d'une mine friande,
Pour mieux attraper la viande,
Il luy descouvroit son secret.
Ou, quand pour plaire à tout le monde,
Il faisoit à table la ronde,
Comme un maistre de regiment,
Puis, d'une trogne politique,
Mettoit sa science en pratique
Pour soigner à son aliment.
Que si mon maistre en compagnie
N'avoit pas de soin de sa vie,
Discretement il le frappoit,
Et de sa patte le bon drolle
Sçavoit si bien jouer son rolle,
Que quelque chose il attrapoit.
Non qu'il ait faict par imprudence
A table quelque irreverence;
Mais c'est qu'il charmoit tellement
Ceux qu'il regrattoit par derrière,
Qu'il falloit en quelque manière
Recognoistre son gratement.
Qui n'admireroit son adresse,
Son artifice et sa finesse?
Quand son maistre vouloit sortir,
Soit tout seul, soit en compagnie,
Il couroit à la galerie
Jusqu'à tant qu'il falloit partir.
Là tousjours il l'alloit attendre
A l'instant qu'il luy voyoit prendre
Sa grande robbe ou son manteau,
Et sembloit né pour tousjours suivre
Celuy qui luy donnoit à vivre,
Tant par terre que par batteau.
Or, suivant mon maistre à la ville
D'une façon plus que civile,
Vous eussiez dit d'un estaphier
Ou d'un chien de sommellerie,
Nourry tout le long de sa vie
Dans la cuisine de Coueffier[279],
Chien d'admirable prevoyance,
Autant que chien qui fut en France,
Voire plus qu'on ne peut penser,
Lors qu'au milieu de quatre rues
Il choisissoit les advenues
Où son maistre devoit passer.