En ville, il alloit à gambette[280];
Aux champs, il sautoit sur l'herbette
Pour les taupes escarmoucher,
Et puis, leur denonçant la guerre,
Il fouilloit si profond à terre
Qu'il sembloit y vouloir coucher.
Il eut jadis pour son manége
La cuisine de ce collége,
Où dans une roue de bois,
Tantost à bonds, puis à courbette,
On a veu ceste pauvre beste,
Comme moy, tourner mille fois.
Ores, proche de la marmite,
Faisant la bonne chatemite,
Sur la viande il meditoit;
Puis, soignant à son advantage,
Il suivoit de près le potage
Quand le serviteur le portoit.
Ores, de sa petite patte
Grattant et regrattant la natte
Quand il fleuroit la venaison,
Il monstroit par experience
Les beaux effets de sa science
Par tous les coings de la maison.
Quelle joye à toy, Trois-Oreilles[281],
D'ouyr les douleurs nompareilles
Que je resens de ceste mort!
Desormais repose à ton aise
Entre le tison et la braise,
Puisque Lyco-phagos est mort.
Lyco-phagos, ton adversaire,
Ne te sçauroit aucun mal faire,
Comme il faisoit auparavant,
Lors que, sautant sur ta croupière,
Il t'attaquoit par le derrière,
Ou t'assailloit sur le devant.
O! qu'il serait plus desirable
Que la mort eust froissé ton rable,
Ou que la cruelle Atropos
T'eust occis pour te mettre en paste,
Que d'avoir esté tant ingratte
A mon pauvre Lyco-phagos!
Lyco-phagos, chien de police,
Chien expert en toute malice,
Chien exempt de tout larrecin,
Qui ne fist aucune entreprise,
Sinon sur quelque patte grise
Ou sur le pied d'un medecin.
Encor c'estoit par adventure;
Lors que sa pesante nature
Le rendoit un peu moins courtois:
Faute legère et pardonnable!
Car l'homme qui est raisonnable
Se courrouce bien quelquefois.
Toutefois, pour estre sevère,
Il en porta la folle enchère,
Cruauté contre un pauvre chien!
Lors que d'une vieille rapière
On lui donna dans la visière,
Croyant qu'il n'y verroit plus rien.