Hé! quand je vis par malencontre
Le desastre de ce rencontre
Où Lyco-phagos fut blessé:
C'est, dy-je à l'instant, un augure
Qui presage sa mort future
Devant qu'octobre soit passé.

Ce malheur me rendit prophète,
Car, suivant mon maistre une feste,
Alors qu'il alloit au festin,
Il reçut son dernier supplice
Chez le curé de Sainct-Sulpice
Par un inopiné destin.

Qui le croira? par jalousie
Lyco-phagos, qui dans sa vie
Eut le cœur noblement placé,
Mist tant de potage en son ventre,
Et farcit tellement son centre,
Que la mort l'a mis in pace.

Mort cruelle et insuportable,
De l'avoir surpris à la table
Pour l'estrangler sur la minuit!
Mort impitoyable et farouche!
Ainsy faut-il que je t'abbouche,
Tant ceste trahison me nuit.

Tu fais voir par ce canicide
Que tu es bien traistre et perfide,
Sans reverence et sans amour,
Quand par des actions funèbres
Ton delict cherche les tenèbres,
Fuyant la lumiere du jour.

Tu le prens à minuict en traistre,
Couché soubs le lict de son maistre,
Luy livrant les derniers assauts.
Il tesmoigne ta perfidie,
Au milieu de sa maladie,
Par mille bons et mille sauts.

Il monte, remonte et devalle,
Vient et revient parmy la salle,
Pour chercher quelque allegement;
Et lorsque le mal le travaille,
Ne pouvant vuider sa tripaille,
Il meurt saoul comme un Allemand.

Helas! quelle perte et quel dommage!
Pour avoir mangé du potage,
Faut-il que Mange-loup soit mort!
Mange-loup, mon conculinaire,
Mon contentement ordinaire,
Mon passe-temps, mon reconfort!

Mange loup, chien academiste[282],
Chien assez savant alchimiste,
Soit qu'il soufflast près du brasier,
Le nez plat comme une punaise,
Ou reniflast contre la braise
Le ventre enflé comme un cuvier.

Pauvre Courtault, toute esperance
Est morte pour toy dans la France,
Puis, helas! que Lyco-phagos,
Autheur de ta bonne adventure,
Sert fatalement de pasture
Aux taupes et aux escargots.