Tu succèdes à son office,
Mais c'est un petit benefice
Au prix du mal que tu ressens,
Ayant perdu (regret extresme!)
La vraye image de toy-mesme
Et l'unique objet de tes sens.

Encor si la sœur filandière
L'eust ravy d'une autre manière,
On supporteroit sa rigueur;
Mais, ô crève-cœur! quand je pense
Qu'elle l'a trahy par la panse,
Cela me faict fendre le cueur.

Falloit-il que, sur ta vieillesse,
Cette maudite piperesse,
Mange-loup, triomphast de toy!
Mange-loup, pour ta reverence,
Digne de quelque recompense
Au coing de la table du roy.

Lyco-phagos, je te proteste
Que pour un acte si funeste
J'abboyeray incessamment
Jusqu'à tant que le chien Cerbère
Punisse la Parque sevère
Qui t'a trompé si laschement.

Que si mon dueil ne le convie
A venger l'honneur de ta vie,
Pour lors, justement irrité,
Je mettray en fougue et colère,
A rencontre de ce faux frère,
Les chiens de l'université.

J'en feray moy-mesme justice,
Et sans crainte d'aucun supplice
Je descendray dans Phlegeton,
Où, près de l'infernale forge,
Je l'estrangleray par la gorge
A la presence de Pluton.

Mes discours ne sont point sornettes,
Car je porte au col des sonettes
Pour faire entendre ma douleur,
Et publie, faisant ma ronde
Par tous les carrefours du monde,
Les effects d'un si grand malheur.

C'est donc à toy, race canine,
Que mon corival[283] de cuisine
A recours pour estre vangé!
A toy maintenant je desdie
Les sanglots de ceste elegie,
Pour estre en mes pleurs soulagé.

Et, fuyant toute ingratitude,
En qualité de chien d'estude,
J'ay ces carmes[284] elabouré,
Où tu verras la galantise,
Les mœurs, la mort, la mignardise
De mon camarade enterré.

Adieu te dis, mon camerade;
J'ay peur de devenir malade
En pleurant ton enterrement.
Adieu, mon compagnon d'eschole;
Que pour le dernier coup j'accole
Le dehors de ton monument.