Et, si les chiens ont souvenance
De ceux qui ont leur ressemblance,
Je te conjure vivement
D'avoir Courtault en ton idée:
Car je suis l'image empruntée
De ton naturel ornement.

Que si la sterile nature
M'a formé d'une autre figure
Que tu n'estois, Lyco-phagos,
Pour le moins j'ay le mesme office
Et, servant en mesme police,
Porte un mesme faix, sur mon dos.

Et qui pis est, cas lamentable!
Pour me rendre à toy plus semblable,
Bien que ce fust contre mon gré,
A cause de mes demerites,
Me rendant leger de deux pites,
Après ta mort on m'a hongré.

Je suis courtault à toute outrance,
Si courtault jamais fut en France;
Mais ce qui me met en courroux,
C'est que ma nature infertile
Faict qu'on me prent souvent en ville
Pour un chien de Toupinambou[285].

Mange-loup, donc, je te conjure,
Par les supplices que j'endure,
De te souvenir de mes maux,
Croyant que, si cela peut estre,
Je me dois dire, sous mon maistre,
Le plus heureux des animaux.

Je conjure aussi ta puissance
De faire aux serviteurs deffence
De jamais ne me tourmenter
Par menace ou par bastonnades,
Quand je viens de mes promenades,
Car je ne puis les supporter.

Ainsi puissent près de ta fosse
Abboyer les mastins d'Escosse[286]
Qui sont dans l'Université,
Sans rompre desormais ta teste
Par leur abboyante tempeste
Dans la ville ou dans la cité!

Ainsi puissent sur ceste terre
Japper les dogues d'Angleterre,
Accompagnez des chiens d'Artois[287],
Pleurant sans cesse et sans mesure,
Sur le bord de ta sepulture,
La mort d'un petit chien françois!

Fin.