Il faut remettre Charenton[9]
Pour y refaire le passage,
Car autrement qu'en diroit-on?
Il faut remettre Charenton,
Qu'on y travaille tout de bon
Sans crainte d'un second carnage;
Il faut remettre Charenton
Pour y refaire le passage.

Fourbisseurs, ne vous lassez pas;
Armuriers, travaillez sans cesse:
C'est pour armer tous nos soldats.
Fourbisseurs, ne vous lassez pas;
Il faut couper jambes et bras
A ceux qui nous tiennent Gonnesse[10].
Fourbisseurs, ne vous lassez pas;
Armuriers, travaillez sans cesse.

Mon Dieu, l'admirable bon-heur
En ces dissentions nouvelles!
L'eusses-tu pu penser, mon cœur?
Mon Dieu, l'admirable bonheur!
La Bastille a pour gouverneur
Le fameux monsieur de Brusselles[11];
Mon Dieu, l'admirable bon-heur
En ces dissentions nouvelles!

Parisiens, nous serons des fous
Si nos cœurs ne se font connestre,
Et si nous n'agissons bien tous,
Parisiens, nous serons des fous;
Puisque l'Arcenac est à nous,
Il n'est pas besoin de Grand-Maistre[12];
Parisiens, nous serons des fous
Si nos cœurs ne se font connestre.

Puisque c'est à nous les canons,
Avec les boulets et la poudre,
Bourgeois, si mes conseils sont bons,
Puisque c'est à nous les canons,
Pour immortaliser vos noms,
Allez partout porter la foudre,
Puisque c'est à nous les canons
Avec les boulets et la poudre.

Il faut chasser le Mazarin,
Qui vole tout l'or de la France;
Fût-il plus fort, fût-il plus fin,
Il faut chasser le Mazarin;
Qu'il retourne de là Thurin
Pour estre plus en asseurance:
Il faut chasser le Mazarin
Qui vole tout l'or de la France.

Vrayment, nos yeux sont éblouis
Par un charme bien ridicule:
Il a des tresors inouis,
Vrayment, nos yeux sont eblouis;
Donnerons-nous tous nos Louis
A Rome pour un pauvre Jule[13]?
Vrayment nos yeux sont éblouis
Par un charme bien ridicule.

Cordonniers, tailleurs et marchans,
N'allez pas fermer vos boutiques,
Quoy que le tambour batte aux champs:
Cordonniers, tailleurs et marchans,
Vous aurez assez de chalans
Pour occuper vos domestiques;
Cordonniers, tailleurs et marchans,
N'allez pas fermer vos boutiques.

Boulangers, travaillez tousjours;
Serrez les escus qu'on vous offre,
Ne regardez pas s'ils sont courts;
Boulangers, travaillez tousjours:
Tant plus vous remplirez vos fours,
Tant plus vous remplirez le coffre;
Boulangers, travaillez tousjours,
Serrez les escus qu'on vous offre.

Je ne plains que les villageois:
Leurs maisons sont abandonnées,
On leur pille tout à la fois;
Je ne plains que les villageois:
Ils vont perdre plus en un mois
Qu'ils n'ont gaigné dans dix années;
Je ne plains que les villageois:
Leurs maisons sont abandonnées[14].