Bonnes gens, prenez garde à vous!
Les ennemis vont au pillage;
Ils sont tous gueux et tous filous:
Bonnes gens, prenez garde à vous!
Affamez comme de gros loups,
Ils cherchent à faire carnage.
Bonnes gens, prenez garde à vous!
Les ennemis vont au pillage.
Aux armes! ils sont aux faux-bours.
Laquais, mon pot et ma cuirace;
Qu'on fasse battre les tambours,
Aux armes! ils sont aux faux-bourgs.
Allons avec un prompt secours
Contre cette meschante race;
Aux armes! ils sont aux faux-bourgs.
Laquais, mon pot et ma cuirace.
Ne vous precipitez pas tant,
Cavalier de portes cochères[15]!
Vostre cheval est bien pesant,
Ne vous precipitez pas tant;
Gardez d'un mauvais accident
Qui pourroit gaster nos affaires;
Ne vous precipitez pas tant,
Cavalier de portes cochères.
Allons, puisque j'ay pris mon pot,
Allons, qu'on s'avance et qu'on tue;
Allons avec ordre au grand trot,
Allons, puisque j'ay pris mon pot[16],
Allons frapper sans dire mot;
Allons la visière abatue,
Allons, puisque j'ay pris mon pot,
Allons, qu'on s'avance et qu'on tue.
Helas! que de mal-heureux corps
Dont la rage a fait un parterre!
Que de blessez et que de morts!
Helas! que de mal-heureux corps!
Les foibles ont souffert des forts.
Voilà les beaux fruits de la guerre!
Helas! que de mal-heureux corps
Dont la rage a fait un parterre!
François qui combattez dehors,
Pourquoy causer tant de misères?
Songez, en faisant vos efforts,
François qui combattez dehors,
Que vous avez dans ce grand corps
Vos femmes, filles, sœurs et mères.
François qui combattez dehors,
Pourquoy causer tant de misères?
Si vous avez vos mesmes cœurs
En cette funeste avanture,
François, cruels persecuteurs,
Si vous avez vos mesmes cœurs,
Gardez-y parmy vos rigueurs
Un sentiment pour la nature,
Si vous avez vos mesmes cœurs
En cette funeste avanture.
Des François contre des François!
O cieux! l'abominable rage!
L'Espagnol rit bien cette fois.
Des François contre des François!
Voilà de barbares emplois,
Qui menacent d'un grand orage.
Des François contre des François!
O cieux! l'abominable rage!
Comediens, c'est un mauvais temps:
Prenez les armes sans vergogne,
Gardez-vous d'estre faineans.
Comediens, c'est un mauvais temps:
La tragedie est par les champs[17]
Bien plus qu'à l'hostel de Bourgogne.
Comediens, c'est un mauvais temps,
Prenez les armes sans vergogne.
Violons, on ne fait plus de bal
Pour cultiver les amourettes,
Encor qu'on soit en carnaval[18];
Violons, on ne fait plus de bal,
On aime mieux un bon cheval,
Des pistolets et des trompettes;
Violons, on ne fait plus de bal
Pour cultiver les amourettes.