Tous vos galans sont empeschez,
Attendez un accord, coquètes,
Pleurez cependant vos pechez;
Tous vos galans sont empeschez,
C'est en vain que vous les cherchez
Pour entendre d'eux des fleurètes;
Tous vos galans sont empeschez,
Attendez un accord, coquètes.

Mes chères[19], resvez nuit et jour,
Sans mettre ny rubans ny mouches:
On ne fait plus icy l'amour.
Mes chères, resvez nuit et jour:
Si l'on ne void bientost la cour,
Vous allez devenir des souches.
Mes chères, resvez nuit et jour
Sans mettre ny rubans ny mouches.

Adieu la foire Sainct-Germain[20]!
Consolez-vous, filles et femmes;
Point de bijous, il faut du pain:
Adieu la foire Sainct-Germain!
Vrayment, ce temps est inhumain:
On ne donne plus rien aux dames.
Adieu la foire Sainct-Germain!
Consolez-vous, filles et femmes.

On ne veut point d'enfarinez,
Tandis qu'il faut mettre le casque.
Mignons, vous serez condamnez,
On ne veut point d'enfarinez;
Mais n'en soyez pas estonnez,
Laissez passer cette bourrasque.
On ne veut point d'enfarinez,
Tandis qu'il faut prendre le casque.

L'Orvietan, retirez-vous,
Jetez le teatre par terre,
Vous n'attirerez plus de fous;
L'Orvietan, retirez-vous:
On ne sçauroit donner vingt sous
D'un pot d'onguent en temps de guerre.
L'Orvietan, retirez-vous,
Jettez le teatre par terre[21].

Plaideurs, mettez vos sacs au croc
Et songez à prendre les armes,
Il est temps de faire ce troc;
Plaideurs, mettez vos sacs au croc;
Point d'arrests, cela vous est hoc,
Sinon pour calmer ces vacarmes.
Plaideurs, mettez les sacs au croc,
Et songez à prendre les armes.

Huissiers, procureurs, advocats,
Laissez un peu moisir vos causes:
Vous ne sçauriez gaigner grand cas;
Huissiers, procureurs, advocats,
La guerre ne le permet pas,
Le desordre est en toutes choses.
Huissiers, procureurs, advocats,
Laissez un peu moisir vos causes.

Medecins, soyez bien contens,
Les maltotiers ont tous la fièvre;
S'ils ont volé depuis vingt ans,
Medecins, soyez bien contens,
On leur fait tout rendre en ce temps;
Chacun d'eux tremble comme un lièvre.
Medecins, soyez bien contens,
Les maltotiers ont tous la fièvre.

Pendant ces funestes malheurs,
Tenez-vous prests, apothicaires;
Si l'on veut reformer les mœurs
Pendant ces funestes malheurs,
Il faut bien purger des humeurs
Et reiterer des clistères.
Pendant ces funestes malheurs,
Tenez-vous prests, apothicaires.

Fraters[22], faites bien des onguens,
Et qu'on sorte de la boutique,
Les blessez sont par tous les chams;
Fraters, faites bien des onguens.
Il faudra bien quitter vos gans
Pour mettre les mains en pratique.
Fraters, faites bien des onguens,
Et qu'on sorte de la boutique.