Je n'eus point d'autre but que de ruiner la France;
A ces desseins pervers mon esprit s'employoit,
Et par là je m'estois acquis tant de puissance
Que partout on me comparoit
Omnipotenti.
Je foulois sous mes pieds et la pourpre et l'ivoire,
Chez moy l'or et l'argent s'entassoient à monceaux;
Je mettois en ces biens mon bonheur et ma gloire,
Et j'aimois ces objets plus que tous les tableaux
Beatæ Mariæ.
Bien que je prisse à toutes mains,
Jamais mon cœur ne peut rien rendre,
Et j'avois de si grands desseins
Que, pour y reussir, partout il falloit prendre
Semper.
Sur chacun j'ay fait ma fortune,
J'ay volé le marchand, j'ay volé le bourgeois,
Et je me souviens qu'autrefois
J'ay ravy l'honneur à plus d'une
Virgini[91].
Jamais toute la terre humaine
N'eut sçeu peser tous mes tresors;
Elle auroit employé vainement ses efforts.
Puisqu'un fardeau si lourd auroit fait de la peine
Beato Michaeli Archangelo.
Dans ce comble d'honneur, rien ne m'estoit contraire;
Je fondois mes grandeurs en balets, en festins;
J'estimois plus la Cour qu'ensemble tous les saints,
Je fis cent feux pour elle, et jamais un pour plaire
Beato Johanni Baptistæ[92].
Je n'eus point de respect pour le saint evangile;
En tous temps, en tous lieux, je meprisois la croix;
En vain à me precher on employoit sa voix,
Cette peine eut esté tout ensemble inutile
Sanctis apostolis Petro et Paulo,
omnibus sanctis et tibi, Pater.
Mais tout ce qui me rend encor plus criminel,
Et qui redouble mon martyre,
Le trouble que j'ay fait est tel
Que pour m'en excuser je n'ay point lieu de dire
Quia.
Pendant ce temps fatal de ma gloire passée,
L'estat où je vivois eblouit ma raison;
Je me plaisois de voir la France renversée,
Et ne disois jamais pour mes crimes un bon
Peccavi.
Le peuple, cependant, contre moi murmuroit;
Le paysan trop foulé crioit sur moy vengeance;
Un chacun, en un mot, surpris de ma puissance,
Disoit enfin tout haut que toujours je prenois
Nimis.