C'est almanach fait de nouveau
Promet par un certain presage,
Non du froid, ny gresle, ny eau,
Mais aux fols un très-grand domage.
Voilà quant au mal mariez avec dame folie, qui, se repentans et sentans maintenant l'hyver arriver, ne trouvans plus rien à fricasser, recèlent et cachent leurs doubles cornes, comme les limaçons, honteux d'estre la matière fabuleuse entre le peuple; on leur pourra dire en riant et sans scandale que
Il ne faut jà contrefaire
Et faire semblant d'avoir froid:
Car tel sera, au contraire,
Mieux à couvert qu'il ne voudroit.
O la grande folie que c'est de piller le poivre avant qu'avoir le lièvre, se jetter en longues et plausibles espérances! Mais de quoy enfin? de rien. Voilà un mariage bien égal, Maistre fol avec Dame folie! ils feront de beaux enfans, ils auront la barbe en naissant, aux dents.
Je leur conseille de se servir le plus promptement qu'ils pourront de ce mien advis (si toutefois ils en ont le temps), d'assopir le feu de telle fougade[250], et faire comme les anciens Romains, qui avoient des prestres pour appaiser les foudres et tonnerres, et ce par loix expresses portées aux douze tables, qu'ils ayent des amis qui aydent à esteindre le feu qu'ils ont allumé: car, si Juppiter (qui regarde la France tousjours de bon œil) les regarde une fois en courroux, je les voy perdus; il faudra herbam dare, comme dit le proverbe, donner le torchon d'herbe au maistre et vainqueur, à la façon des pasteurs, qui, ayant luité un long temps ensemble, à la fin celuy qui est vaincu sur le lieu même arrache une poignée d'herbe et la présente au vainqueur en signe de victoire, il en faudra faire de même; mes amis (pas trop); il faut estre sages, ou estre chastiez, l'un ou l'autre infailliblement; il en est temps, car
Voicy l'hyver, avec sa robe grise,
Qui vous rendra les membres tout perclus.
Où irez-vous? Hé! vous n'en pouvez plus:
Vous tremblottez soubs un manteau de frise.
Les voilà donc en danger d'estre enroolez soubs le drapeau des morfondus, car d'attendre à l'année qui vient, il n'y faut pas seulement songer. Maistre Gonnin ne veut pas embrouiller ses prédictions de cest article: ils voient arrivé ce qu'il a predit, à sçavoir (prenez bien garde), et retenez les termes icy expressément couchez:
Que jamais les fols ne joueront bien leur roolet;
Que les outrecuideux donneront du nez à terre;
Que les ambitieux, pour regarder de trop près le soleil,
Deviendront lousches ou aveugles, etc.
Hé, ne le voit-on pas? que sont devenus ces courriers sans commandement? Castiga, Castiga, la frusta, la frusta à quelli forfantelli; qu'on les chastie ces soldats morfondus.
Et bien donc? qu'est-ce? qu'en dites vous? ha violeurs, mais il faudra estre vieleurs, et sonner le troin troin de porte en porte pour gaigner quelque double[251], et n' sçay encor si on leur donnera permission, car, si les sergents de l'hostel de Scipion[252] les trouvent, ils seront incontinent enostelez, fustigez et rasez, et alors on les cognoistra bravement, et chacun dira: Aga mon amy, Aga m'amie, et beau Dieu! quelles gens sont-ce là? C'estoient des gaspilleurs du pauvre monde, des violeurs de femmes et filles, et maintenant ils sont soldats de plate-bourses, ils se sont mis vieleurs chantans par les portes, fanfara helas! fanfara soldadons, fanfara bourse-plate. Et falloit-il faire tant de bruit pour donner du nez si tost à terre. Hélas! il est arrivé à ces pauvres infortunez tout de mesme qu'aux cigales qui chantent tout l'esté, sans apprehender l'hyver, et, l'automne venu, elles deviennent enrouées, et ne peuvent plus chanter: ainsi ces plate-bourses et morfondus ne chantent plus. Il y a bien des helas cachez dessoubs les boutons du pourpoint; il y a bien de la demangeaison derrière l'oreille, beaucoup de folie en la teste, et encor plus de repentir au cœur. On entend desjà tant de: helas! je me repens! helas! je n'y pensois pas! helas! que feray-je? j'ay vendu mon espée pour du pain; au moins si j'avois pour achepter une meschante viéle! Ha! qu'on dit bien vray, quand le fol est pris, il a beaucoup plus de temps pour se repentir que pour fuyr! O que bien a dit le poète[253] parlant de la pauvre Caliston séduite: