L'on dict qu'elle mangea avant que de partir de sa chambre, et, montant sur l'eschaffaut[322], elle dit à M. Paulet qu'il luy aydast à monter, que ce seroit la dernière paine qu'elle luy donneroit[323].

Estant[324] à genoux, elle parla long-temps à son maistre d'hostel, luy commandant d'aller trouver son fils pour luy faire service, comme s'assuroit qu'il feroit tousjours aussi fidellement que il avoit faict à elle; que ce seroit luy qui le recompanseroit, puis qu'elle ne l'avoit peu faire de son vivant, dont elle estoit très marrie, et luy chargea de luy porter sa benediction (laquelle elle fit à l'heure mesme).

Puis elle pria Dieu en latin avec ses femmes, n'ayant voulu permettre que un evesque anglois, là presant[325], approchast d'elle, protestant qu'elle estoit catholique et qu'elle vouloit mourir en ceste religion.

Après cela elle demanda au sieur Paulet si la royne sa seur avoit pour agreable le testament qu'elle avoit faict quinze jours auparavant pour ses pauvres serviteurs. Il luy respondit que ouy, et qu'elle feroit accomplir ce qui y estoit contenu pour la distribution des deniers qu'elle leur a ordonné.

Elle parla de Nau, Curl[326] et Pasquier, qui sont en prison, mais je n'ay pas sceu au vray ce qu'elle en dict[327]; puis, s'estant remise à prier Dieu, mesme à consoler ses femmes, qui ploroient, elle se presenta à la mort fort constamment.

Une de ses dames[328] luy banda les yeux[329], puis elle se baissa sur un billot[330], et l'executeur luy trancha la teste avec une hache à la mode du[331] pays[332]; puis print la teste, la monstrant à tous les assistans[333], car l'on laissa entrer en la dicte sale plus de trois cents personnes du bourg et autres lieux.

Aussi tost le corps fut couvert d'un drap noir et reporté en sa chambre, où[334] il fut ouvert et embaulmé, comme l'on dict[335].

M. le conte de Cherobery depescha à l'heure mesme son fils[336] vers la royne d'Angleterre pour luy porter nouvelles de ceste execution, laquelle ayant esté faicte le mercredy dix-huictiesme du dit[337] mois de febvrier, sur les dix heures du matin, lequel arriva vers Sa Majesté le jeudy en suivant dix-neufviesme.

Lesquelles nouvelles ne furent long-temps celées[338], car, dès les trois heures après midy, toutes les cloches de la ville de Londres commencèrent à sonner, et firent feux de joye par toutes les rues, avec festins et banquets[339], en signe de grande rejouissance[340]. Le bruit est que la dicte dame mourant a tousjours persisté à dire qu'elle estoit innocente, et qu'elle n'avoit jamais pensé à faire tuer la royne d'Angleterre, et qu'elle pria Dieu pour elle, et qu'elle chargea le dict Melun de dire au roy d'Escosse, son fils, qu'elle le prioit d'honorer la royne d'Angleterre comme sa mère, et de ne departir jamais de son amitié[341].