L'Onozandre ou le Grossier, satyre[342].

Je veux quiter Parnasse et l'onde pegazine
Pour aller faire un tour jusques à Terracine,
Desireux de chanter les buffles au col tors,
Ou siffler dans un jonc le prince des butors.
Buses, buses et ducs, tenez-moy lieu de muse.
Ce n'est pas la raison qu'icy je vous amuse,
Compagnes d'Helicon, à braire les chansons
Qu'un tas de flatereaux font bruire en divers sons[343],
D'Onozandre, occupé à ne croire qu'un homme
Qui sçait parler latin puisse estre gentilhomme[344],
Meprisant Apollon et ses cœlestes dons
Qui empeschent les gens de vivre de chardons[345].
Sus, invoquez oyseaux; de vos courses isnelles[346],
Hastez-vous promptement de m'aporter[347] vos aisles,
Que j'en prenne un tuyau pour peindre en cet escrit
Celuy qui vous ressemble et de nom et d'esprit.
Silence par trois fois en la trouppe arcadique:
Que l'on cesse aujourd'huy la bruyante[348] musique
Dans les champs auvergnacs, et qu'on m'aille chercher
Sept asnes, mais des grands, que je veux ecorcher,
Pour sur leur parchemin escrire la creance[349]
D'Onozandre le grand, prince de l'Ignorance,
Creance sans tumulte, et qui ne doit jamais
Remuer dans l'Estat que vers Mirebalais,
Mais dont les sens cachez font un si grand miracle
Qu'ils canoniseront un jour dans le Basacle[350]
Mon heros d'Arcadie. Exemple de nos ans,
Ceux que l'on devroit voir dans les moulins brayans,
Le bast dessus le dos, courbez sous la farine,
Sont gens de cabinet, mesme que l'on destine
Aux premières honneurs. Hé! quelle anrageson
De voir dans un conseil un asne sans raison!
M. D. M.[351]
Qui croit que le grand Cayre est un homme, et les Plines
Des païs eloignez comme les Filippines;
Que l'Evangile fut ecrit dedans le ciel,
Voire d'un des tuyaux de l'aille sainct Michel[352];
Qui tient que Mahomet, et les Turcs, et les Gots,
Confraires de Calvin, estoient grands huguenots;
Que Christofle portant le grand sauveur du monde[353]
En plaine mer n'estoit jusques au cul dans l'onde;
Que le pape reçoit tous les jours des messages
Des saincts du paradis, voire que les sept sages
Estoient fort bons chrestiens; que jadis[354] Machabé,
S'il ne fut point mort jeune, eût esté bon abbé;
Qui croit que paradis est en forme d'eglise,
Et que le Bucentaure estoit[355] duc de Venise;
Qui ne tient de bons mots que ceux d'Angoulevant,
Et n'a rien en mepris qu'un homme bien sçavant[356].
Je l'ay veu maintefois, ô l'ignorant caprice!
Citer monsieur saint Jean au livre de l'Eclypse:
Et tout d'un mesme train faire croire à son sens,
Que fisique et fthisique avoient un mesme sens.
Mais après celuy-cy, menez, menez-le boire
Voire sans le licol, ce grand asne en l'histoire,
Puisqu'il dit que Priam soutint Agamemnon
Les dix ans de son siège à grands coups de canon[357],
Puisqu'il croit que Pâris, par qui mourut Achille,
Fut tenu sur les fonds des bourgeois de la ville
Qui porte ce nom-là, et que le Chevallier
Ne doit croire avoir eu cet honneur le premier.
Est-il pas bien plaisant, mais n'est-il pas bien buse
De tuer Palamède avec un arquebuse?
S'il parle de Brutus en sa grande action,
Il se plaint que Cesar meurt sans confession,
Et dit, la larme à l'œil: Tant de prestres à Rome
Ont donc laissé mourir sans confesse un tel homme!
De quel treffle ou quel foin, quelle herbe ou quel chardon[358],
Onozandre, peut-on te faire un digne don,
Si tu crois que jadis l'empereur d'Alemaigne
Dès le jour qu'il naquit s'appella Charlemaigne,
Et que le grand Pompée, au temps des vieux Romains,
Surpassoit de deux pieds le plus hault des humains[359]?
Donnez-luy des sonnets, odes ou cenotafes,
Toutes sortes de vers, il les nomme epitafes.
L'esclavon, l'arabic, le turc, le bizantin,
Tout langage estranger, il le tient pour latin;
Que s'il entend tonner ou faire de l'orage,
Il croit que l'Antechrist vient, et que son bagage
Fait tout ce tintamarre. On le verroit allors,
Priant fort à propos, dire vespres des morts,
Chanter un Te Deum sur un chant pitoyable,
Non pas qu'il ayme Dieu, mais il craint fort le diable.
Mais peut-estre qu'il sçait de l'histoire du temps!
Il vit parmy la cour, c'est là que je l'attens.
Son picotin en main, dites si c'est un homme,
Mais, dites, n'est-il pas un animal de somme,
Puis qu'il jure tout haut que les sept electeurs
Sont indignes de plus creer les empereurs,
Puisqu'ils ont la verolle et que l'on leur apreste
A ce printemps prochain une exacte diette,
Mesmes que l'empereur en est en fort grand soin,
Et que c'est aujourd'huy son plus pressant besoin?
Neantmoins, on le voit, ce gros asne, ou ce buffle,
En pourpoint de satin decoupé sur le buffle,
Marcher en face d'homme, et crier que le front,
Que la bouche, le nez et les oreilles font
La creature estre homme. Abus, il se mesconte:
S'il met là son honneur, le monde y met sa honte.
La face n'y fait rien: la mer a des poissons[360]
Qui ont nostre visage; en cent mille façons
Nature industrieuse a mis dedans les plantes,
Dans les eaux, dedans l'air, dans les voutes brillantes,
Le caractère humain, qui pour cela n'ont rien
Du feu de Promethée, ce larrecin ancien,
Sans lequel on est beste. Apprens, grossier profane,
Qu'on peut en courte oreille estre un bien fort grand asne,
Mesme on peut estre bœuf en visage de roy[361];
Je n'en veux à temoing qu'en nostre antique loy
Nabucodonosor, ce grand prince d'Asie,
Moins connu pour son daiz que pour sa frainesie.
Après avoir longtemps dominé sous ses loys
Les peuples d'Assirie, ensuite de cent roys,
Ses illustres ayeux, d'un sceptre plus antique
Que la tige d'Abram au peuple judaïque,
Sans egard à sa race, ou à l'illustre sang
Qui luy donnoient les biens, la coronne et le rang,
Par jugement divin parut en face humaine,
Paissant avec les bœufs le treffle, la vervaine,
Se soulant de sainfoin, bien qu'un royal manteau
Couvrist le corps du prince en couvrant le thoreau.
Vray portraict d'Onosandre, excellante figure
Representant le corps, l'esprit et la nature
Du Grossier fort illustre en biens et en maison,
Mais bien pauvre d'esprit, voire un gueux en raison,
En sens un mendiant qui a des pous à l'ame
Plus que n'ont en leurs corps les forçats de la rame.
Or, buses, c'est assez. Prince de Betisi[362],
Reclamez vos oyseaulx, qu'ils s'envolent d'icy
Jusqu'au val de Padouse, où ils fairont entendre
Ce que je leur apprens des vertus d'Onosandre,
En proclamant un Dieu, comme on vit autrefois
Posafon déifié par les oyseaux des bois[363].

Le Conseil tenu en une assemblée faite par les Dames et bourgeoises de Paris. Ensemble ce qui s'est passé. In-8. S. L. ni D.[364].

Soit que ce soit l'ambition, qui souvent donnant à travers l'esprit des femmes, leur fasse croire au rabais de leurs merites, si tant est qu'elles sçachent que les chauds baisers des maistres du logis s'estrangent[365] dans les doux embrassemens de quelque gentille saffrette[366] de servante; soit que ce soit qu'au sortir d'une si aggreable escarmouche et d'un cultis si souvent reiteré, l'on ne puisse si prestement fournir à l'appoinctement, et qu'il ne leur reste plus que du son et de la lie, au contentement que elles espèrent entre les bras de leurs chers epoux;

Quoy que s'en soit, après que nos sus dites servantes eurent faict signifier l'arrest[367] qui avoit esté donné à leur proffict (contre leurs maîtresses), dame Avoye, seante en son siége au Pilory, Mesdames les maîtresses, se trouvant survenues en ce jugement, creurent qu'il falloit faire une assemblée, affin qu'agissant par un si sage conseil, on peusse plus seurement fournir de productions et de deffences pour ce dict procez.