A Monsieur Jean-Baptiste Palleron, Lyonnois.
Monsieur,
L'asseurance que j'ay en vostre amitié et courtoisie me faict esperer que vous agreerez ces gaillardes poesies. Je les vous offre, comme à celuy qui a toujours favorablement œilladé tout ce qui est provenu de ma muse. Outre que vous estes tellement ennemy de la melancolie que ce Carquois ne vous peut estre desplaisant et ennuyeux, vous pourrez voir et visiter toutes les flesches et traicts qui sont dans iceluy en peu de temps. Ce peu de temps me fera beaucoup d'honneur et de faveur, principalement si, le bien-heurant[359] d'une benigne reception, vous me permettez de me publier à jamais,
Monsieur,
Vostre très humble et très affectionné serviteur.
Gaigneu.
Le Carquois satyrique, contre les alchimistes et rechercheurs de pierre philosophale.
Stances.
Enfans de la vaine science,
Qui distillez vostre substance
Et faictes fumer vostre bien,
Cherchez autre philosophie,
Car qui en cette-cy se fie
Multiplie le tout en rien.
Enfans de la folle esperance
Qui dissipez vostre chevance[360]
Pièce à pièce, comme en destal,
Cherchez autre metaphysyque,
Car qui à cette-cy s'applique
Prend le chemin de l'hospital.
Enfans de l'incertain Mercure[361],
Qui, dans un jour, avez la cure
De souffler cinq cent mille fois[362],
Cherchez autre mathematique,
Car qui en cette-cy pratique
Boit dans une escuelle de bois.
Enfans adorants l'alchimie,
Qui dedans vostre academie
Falsifiez l'or à tous coups,
Cherchez autre metempsicose,
Car qui en cette se repose
Un jour sera mangé des pouds.
Enfans de doctrine volage
Qui consommez vostre heritage,
Le plus beau bien tout le premier,
Cherchez un autre art ou science,
Car qui en cette a confiance
Mourra tout nud sur un fumier.
Enfans de la pure follie,
Qu'ores la raison vous deslie
De ce cordage trop pippeur;
Rompez allambicqz et cornues;
Que vos plaintes persent les nues,
Disans: Mercure est un trompeur.