Contre les astrologues qui se mêlent de predire les choses futures.

Stances.

Comme peux-tu, fol astrologue,
Trop orgueilleux, superbe et rogue,
Cognoistre la force des cieux,
Leurs mouvemens et influance,
Puisque ta belle suffisance
N'est que d'avoir du sable aux yeux?
Tu ne cognois pas, grosse beste,
Alors que tu lèves la teste
Pour voir les astres si souvent,
Que tu tombes dans une fosse[363].
Dieu! que ta science est bien fausse,
Puis qu'elle te va decevant!
Il convient que je t'accompare
Au trop audacieux Icare,
Qui tresbucha dedans la mer;
Tu verras bien tost que tes aisles
Fondront aux cœlestes chandelles,
Et que tu ne peux qu'abysmer.
Tu trompes par ephemerides
Les esprits de sçavoir cupides;
Si le sort est bon ou mauvais,
Tu crois de le pouvoir predire;
Et comme au ciel pourrois-tu lire,
Puisque tu ne le vis jamais?
Tu ne vois ta follie extresme:
Tu ne te cognois pas toy-mesme,
Et tu veux sçavoir le futeur;
C'est une chose imaginée,
Ce qu'on appelle destinée,
Car Dieu de nos maux n'est l'autheur.
Insensé, ne crains-tu la chaisne,
Le tourment, le mal et la peine
De celuy à qui le vautour
Le cœur mange, arrache et desvore?
Puny plus griefvement encore
On te pourra voir quelque jour.


Contre un certain bragamasque[364] subject au mal caduc et à la pince[365]

Stances.

Prestres qui vivez sainctement,
Apportez le sainct sacrement,
Auquel nous avons tous refuge,
Et venez chasser Lucifer,
Qui se veut bastir un enfer
Dedans le corps d'un pauvre juge.
Ce demon ennemy des cieux
Luy rend si farouche les yeux
Que de frayeur mon poil s'herisse;
S'il ne plaict à Dieu l'en guerir,
On ne verra jamais tarir
Les gros ruisseaux de l'injustice.
Voyez comme il grince les dents,
Par le demon qui, au dedans
Le bourrellant, faict qu'il se pame!
Il s'allonge et roidit si fort
Que je ne donne point de tort
A ceux qui le jugent sans ame.
Hé! prestres, venez, accourez,
Ce pauvre juge secourez;
Que vostre eau salubre le lave,
Et n'oblyez le pain benit[366],
A celle fin que l'aconit[367]
Ne vienne à naistre de sa bave.
Comme peut-il en ce bas lieu
Estre l'image du grand Dieu,
Ayant en soy le roy des vices?
Il devient demon peu à peu;
On n'esteindra jamais ce feu,
Car il ayme trop les espices[368].
Non, non, prestres, ne venez pas:
En vain vous feriez tant de pas,
Puisque ce demon le possède;
Celuy-là qui s'est destiné
Pour vivre et mourir obstiné
N'a besoing de vostre remède.


Contre le fils d'un apothicaire qui vouloit estre coucu mal-gré la volonté de tous ses parens et amys.

Stances.