Jour et nuict à sa dame
Discourir de sa flame,
Se dire son vaincu,
L'appeller son idole,
Bon Dieu! que de parole
Pour devenir coucu!
Inconstant en pareure,
Couvert de biguarreure
Comme un cameleon,
S'habiller sans prudence,
Bon Dieu! quelle despence
Pour estre un Acteon!
Emmieller sa maîtresse,
D'une voix de liesse
Chantant quelque chanson,
Luy donner des ballades,
Bon Dieu! que de gambades
Pour estre un lymaçon!
User de mille ruses,
Espoinçonner les muses
Contre un amant nouveau,
Luy reprendre son vice,
Bon Dieu! que de supplice
Pour devenir toureau!
Bref, s'aveugler soy-mesme
D'une superbe estresme,
Issu d'un souffle-cul,
Ne voir point sa sottise,
Bon Dieu! que de bestise
Pour devenir coucu!
Stances.
A certain goulu du tout ennemy des Muses et de Mars.
Grand guerrier de cuisine,
Très expert à la mine
Et au faict du canon,
Non contre quelque place,
Mais contre une beccasse,
Je chante ton renom.
Grand guerrier, ton espée
Est la broche trempée
Au sang d'un lappereau,
Ton bouclier est la poelle
Où l'on a frit la moelle
De quelque goudiveau.
De tes armes le casque
Est un bon double flasque[369]
Plein de douce liqueur.
Il faut qu'on t'y attache
Du pampre pour panache
En signe de vainqueur.
La lardoire est la lance
Qui faict voir ta vaillance
Aux peaux des animaux;
Ton eschelle guerrière
Est une cremallière,
Et les bancs tes chevaux.
Tes petards sont marmites,
Tes targues[370] lesche-frites,
Tes balles œufs moulets,
Ton enseigne est la nappe;
Tu sçais donner la sappe
Aux perdrix et polets.
Le mortier plein d'espice
Est le tambour propice
A trouver le vin bon;
L'antonnoir de bouteille
Le fiffre qui l'esveille
A l'assaut du jambon.
Ainsi, brave courage,
Qui, vaillant au potage,
Merites le laurier
Que l'on met aux viandes
Pour les rendre friandes,
Tu es ce grand guerrier;
Ce guerrier admirable
Qui fait voir, redoutable,
Estant dedans Paris,
Vuides les boucheries,
Caves, rostisseries;
Et les flascons tariz.
Guerrier au nom de beste,
Ta plus grande conqueste,
Mais tes plus grands esbats,
Ce sont cave et cuisine,
Et non pas Mnemosyne,
Ou le dieu des combats.
Apollon et Bellonne
Estiment ta personne
Autant qu'un vieux cheval.
Ha! que ma pauvre muse
Esprouvast une buse,
Te donnant son travail!
Sonnet lyrique.
A sa cruelle et rigoureuse.
Belle et fière maîtresse,
Source de ma douleur,
Cause de mon malheur,
Trop cruelle tygresse,
Trop pleine de rudesse,
Trop pleine de rigueur,
Flesche de ma langueur,
Poincte de mon angoisse;
La seule vanité,
La mesme cruauté,
De tous mes maux l'escorte;
La tombe de mes jours,
Comète à mes amours,
Que le diable t'emporte!