Si le maistre veult argent comptant et qu'on n'en aye point, ce sont les soupirs.
Si deux ou trois, craignant de laisser le manteau, prennent la fuitte, ce sont les fugues.
Si l'hoste descend et crie dans la rue après ceux qui fuyent: «Au voleur! au voleur! arrestez! Ils m'emportent mon bien!» c'est la dernière note, quy est plus longue que toutes les autres.
Le Mepris des Muses.
Nous perdons temps de retiver[409].
Amis, il nous faut festiver!
Voicy Bacchus quy nous convie
A bien mener une autre vie!
Laissons là ce fat d'Apollon,
Chions dedans son viollon.
F.... du Parnasse et des Muses!
Elles sont vieilles et camuses;
F.... de leur sacré ruisseau,
De leur archet, de leur pinceau
Et de leur verve poetique,
Que j'appelle ardeur frenetique!
Pegase, enfin, n'est qu'un cheval
Quy ne nous faict ny bien, ny mal,
Et quy le suyt et luy faict feste
Ne suit et n'est rien qu'une beste.
Voyez comme il pleut au dehors!
Faisons pleuvoir dans nostre corps
Du vin. Tu l'entends sans le dire,
Et c'est là le seul mot pour rire.
Chantons, dansons, faisons du bruict!
Beuvons icy toute la nuict,
Tant que demain la belle Aurore
Nous trouve tous à table encore,
Sans avoir sommeil ny repos!
Fayet[410], icy nos pauvres os
Seront enfermez dans la tombe
Par la Mort, sous quy tout succombe
Et quy nous poursuit au galop.
Las! nous ne dormirons que trop!
Prenons de ce doux jus de vigne.
Je voy Revol quy se rend digne
De porter ce dieu dans son sein.
Dieux! comme il avalle ce vin!
Bacchus! quy vois nostre desbauche,
Par ton sainct pourtraict que j'ebauche
En m'enluminant le museau
De ce traict que je boy sans eau,
Par ta couronne de lierre,
Par la splendeur de ton grand verre,
Par ton eternelle santé,
Par ton sceptre tant redouté,
Par tes innombrables conquêtes,
Par l'honneur de tes belles festes,
Par ton maintien si gracieux,
Par tes attribus specieux,
Par tes haults et profonds Ansthères[411],
Par les furieuses panthères,
Par ton bouc paillard comme nous,
Par ce lieu si frais et si doux,
Par ton jambon couvert d'espice,
Par ce long pendant de sausisse,
Par ce vieux fromage pourry,
Bref, par Gillot[412], ton favory,
Reçois-nous dans l'heureuse troupe
Des francs chevaliers de la coupe,
Et, pour te monstrer tout divin,
Ne la laisse jamais sans vin.
Celle que j'ayme a tant d'appas
Et tant de doux attraicts pour être caressée
Que, ma foy, je ne voudrois pas
Pour une autre beauté l'avoir jamais laissée.
Quand je la voy, je me sousris,
Je la mets sur le cul et je lève la teste,
Je la mignarde et la cheris,
Elle souffre toujours que je lui fasse feste.