M.DC.XXXI[216].
A l'Occasion.
Occasion, qu'à moy t'es souvent presentée,
Lorsque, pour mon malheur, ne t'ayant souhaittée,
Jeune, je ne daignois de te prendre aux cheveux;
Ores que je suis vieil et que je te souhaitte,
Si jamais tu reviens t'offrir dans ma logette,
A tes offres soudain j'attacheray mes vœux.
Le deplaisir que j'ay de t'avoir meprisée
Au temps que ma besongne estoit des grands prisée,
Et que tu me voulois mettre à Fontainebleau[217],
M'est si grand que depuis, pour marque de ma faute,
Au bourg où je me tien, j'ay dans ma chambre haute
Dudit Fontainebleau l'admirable tableau.
Enfin je pouvois estre, exempt des fascheries,
Dans ce Fontainebleau ou dans les Galeries
Où maints artisans sont au service des rois.
Mais j'ay beau regretter Fontainebleau, le Louvre,
Le temps qui est perdu jamais ne se recouvre,
Ny l'homme ne peut estre au monde qu'une fois.
A la Fortune.
Fortune, qui conduis sur la terre et sur l'onde
En diverses façons la brigade du monde,
Fay que ce petit livre, où je suis esperdu,
Pour ne l'avoir sceu faire, en ce temps où nous sommes,
Digne de voir le jour, ny d'estre veu des hommes
Ne soit des mesdisans ny pincé, ny mordu.
De plus, fais, s'il te plaist, que ce petit volume,
Au sortir de ma forge, où le charbon s'allume,
Ne s'aille mettre au jour sans guide et sans support:
Car, s'il est attaqué de quelque Menippée,
Un coup de langue est pire qu'un coup d'espée,
Ou fais à tout le moins qu'il prenne un passeport.
Toy donc que je reclame, ô Fortune perverse!
Qui eslève les uns et les autres renverse
Dans les malheurs du monde où le destin nous met,
Ne me sois point contraire, ains conduis mon envie;
Mais quoy! tu ne peus rien en ceste humaine vie,
Ny le destin non plus, si Dieu ne le permet.