Tous les patrons de confrerie
Ont fait un bon serment entr'eux
De n'exaucer jamais nos vœux,
Puisque leur feste est abolie.
Si saint Roch une fois nous oste son secours[316],
Que de maux croîtront tous les jours!
Et, si sainte Reine se pique,
Je prevois que Martot, Gayan et d'Alencé[317]
Auront cent fois plus de pratique
Qu'ils n'en avoient au temps passé.
Que de galeux, que de teigneux,
Que de verole et que de peste!
La reforme des saints nous sera trop funeste
Si nous ne faisons pas notre paix avec eux.
Si l'on veut retrancher les festes de l'année,
Qu'on oste celles-là dont la veille est jeunée,
Je consens volontiers à leur retranchement:
Qu'on oste saint André, mais non pas sainte Reyne,
Car nous avons trop frequemment
Besoin de l'eau de sa fontaine[318].
Pour moy, qui crains trop la colère
Des saints irritez contre nous,
Je vais chercher une autre terre
Pour m'exemter de leur courroux,
Adieu, je sors de cette ville.
Qu'on me rompe les os si je revois Paris!
Quoy! je demeurerois en ce maudit pays,
Où la vertu n'a point d'asile,
Et qui ne se trouve fertile
Qu'en putains, qu'en bigots et qu'en malins esprits!
Le sejour m'en seroit funeste;
Je m'en vais chercher d'autres gens,
De peur qu'avec ces habitans
Le peu de vertu qui me reste
Ne m'abandonne en peu de temps[319].
Le Pont-Breton[320] des Procureurs. Dedié aux Clercs du Palais.
M.DC.XXIV.