Je reviens donc à vous, garny de pioleries[46],
Vous dire qu'en un coup l'air, la terre et les cieux,
M'ont conté du badaud toutes les tromperies
Quant je les ay priez seulement par vos yeux.

La terre me portoit, l'air prenoit ma parolle,
Et les cieux mes desirs, des dieux favorisez;
Au bruict de votre nom les postillons d'Eole
Furent (bien que mutins) à l'instant apaisez.

Si bien que j'escoutois d'Echo la resonnance
Et recevois des dieux les revelations:
Grand pouvoir de vos yeux, dont la seule ordonnance
Faict reserrer les vents dedans leurs regions.

Je suis donc faict savant au gré de vostre envie,
De mille plaisans traicts qu'a faict nostre courtaut,
Et l'Echo m'a conté qu'il y va de sa vie
Si, pour s'en exempter, il ne gaigne le haut.

Mais, pour ce que je voy la matière un peu grande
Et qu'il y faut donner du temps et du loisir,
Je vous veux supplier d'accorder ma demande
Et remettre à demain ce discours de plaisir.

Aussy bien je cognois que ce que j'en sçay touche
A ce pauvre chastré dont tout le monde rit:
C'est pourquoy j'ayme mieux vous le dire de bouche,
Pour le favoriser, que non pas par escrit.


Sonnet.
Allusion sur le nom du protecteur de l'Archi-Sot.

Hé bien! te voilà donc plongé dans une fange
Dont tu ne peux sortir si tu n'as mon secours!
Dis ce que tu voudras, il faudra que tu manges
Le remède appresté contre tes beaux discours.

Au mont où ton esprit peu capable se range,
Les ardants ou luisants n'ont quasi plus de cours;
Ou j'estime cela morsure de phalange[47],
Pour laquelle guarir ma voix est mon secours.