[278]: La guerre civile, en effet, étoit imminente. Les princes, mécontents, venoient de se retirer de la cour et commençoient à armer. Pour obtenir une paix, qui ne fut que très peu durable, il fallut leur accorder tout ce qu'ils voulurent, par le traité signé le 15 mai à Sainte-Menehould.

[279]: Lisez coulage. Il arrive souvent qu'en juin, la vigne étant en fleur, des pluies froides surviennent et empêchent les raisins de se former. C'est ce qu'on veut dire ici.

[280]: Valets d'armée. V. t. 4, p. 364. Ils étoient aux campagnes ce qu'alors les laquais étoient aux villes, de vrais pillards. Peu de temps après l'époque où ceci fut écrit, on ne dit plus que goujat, forme sous laquelle le mot est resté, mais avec un autre sens. «Je me souviens bien, lit-on dans le Francion, que les soirs, auprès du feu, il contoit à ma mère qu'en sa jeunesse il s'étoit débauché pendant quelques troubles de la France, et avoit servy de goujat à un cadet d'une compagnie d'infanterie.» (Edit. 1663, in-8, p. 198.)

[281]: Le pauvre peuple s'appeloit toujours ainsi. V. t. 6, p. 53, note.

[282]: Barthélemy de Laffémas est l'un des hommes que notre siècle d'industrie doit glorifier avant tout autre de cette époque, voire presque à l'égal de Sully, et cela d'autant mieux que pendant deux cents ans ses services, si appréciables pour nous, ont été à peu près méconnus. C'est en 1558, comme on le sait par le Mémoire présenté au Roy le 17 avril 1598, qu'il naquit, dans le Dauphiné, au village de Beausemblant, dont le nom resta longtemps son sobriquet. Il avoit pour père Isaac Laffémas et pour mère Marguerite Bautor. Quoiqu'on puisse croire, en lisant ici ses titres et qualités, et ce nom de sieur de Bauthor qui donneroit à penser qu'il étoit de noblesse, Laffémas ne fut d'abord qu'un simple artisan, un tailleur. En 1582, il est attaché comme tel, avec vingt livres de gages, à la maison du roi de Navarre. (Champollion-Figeac, Documents histor. inéd., t. 4, 2e part., p. 2.) Laffémas étoit de la religion; ce dernier fait nous le donneroit à penser si déjà la France protestante, t. 6, ne nous l'avoit appris.—Dès 1576 il étoit dans les grandes affaires. On sait par deux de ses écrits: Advertissement à MM. les commissaires du Roy pour estre instruits en ceste œuvre publicque, etc., et Lettres et exemples de la feue Royne mère, que, cette année-là, profitant de ce qu'il étoit chargé de la fourniture des estoffes de soie de l'argenterie, en qualité de tailleur, et ne se contentant point de cette fourniture secondaire, il avoit étendu ses visées et avoit levé lui-même, à ses risques et périls, «la boutique d'argenterie du Roy». A cet effet, lui-même nous le dit dans son Avertissement à MM. les commissaires, «il avoit emprunté plus de deux cent mille escus, soit à Paris, à Tours, Lyon, etc.» En 1601, ajoute-t-il, «il ne devoit plus que mille cinq cents escus, ayant tout payé, même les intérêts, et ayant fait cet emprunt parcequ'il vouloit satisfaire à son superbe entendement.» Qu'entend-il par ces derniers mots? Le grand dessein de son propre avancement, et surtout des entreprises qu'il projette et qui, suivant ce qu'il espère, doivent tourner à la prospérité du commerce et au progrès de l'industrie. Quand il s'en ouvrit à Henri IV, dans un écrit qu'il présenta lui-même, il paroîtroit qu'il fut d'abord assez mal reçu par sa goguenarde majesté. Se riant de la profession de l'utopiste, le roi dit seulement «qu'il entendoit, puisque les tailleurs comme lui faisoient les livres, que ses chanceliers dorénavant lui fissent ses chausses.» C'est L'Estoile (11 janvier 1607) qui raconte l'anecdote, mais en la mettant à tort sur le compté de Laffémas le fils, qui ne fut jamais tailleur. Ce dédain ne dura guère. Chez Henri IV le bon sens l'emportoit vite sur la goguenardise, celle-ci une fois satisfaite. Laffémas fut lu, encouragé. En 1597 parut son premier écrit, du moins Brunet (Manuel, t. 3, p. 13) n'en connoît-il pas de plus ancien. Il a pour titre: Règlement général pour dresser les manufactures en ce royaulme et couper le cours des draps de soye, etc., ensemble les moyens de faire la soye par toute la France. Paris, Cl. Montrœil et Jean Riche, 1597, petit in-8. Ce sont deux traités réunis. Le dernier est signé Laffemas, dit Beausemblant, tailleur varlet de chambre du roy Henry IV. Le résultat de ces deux écrits ne se fit pas attendre, du moins pour l'auteur. Le 15 novembre 1602, il obtint du roi le titre de contrôleur général du commerce de France, qui lui est donné ici. L'ordonnance qui le nomme se trouve dans les Docum. hist. inéd., t. 4, 2e part., p. 30-31. Cette faveur y est motivée par le désir qu'avoit le roi «de recognoistre les longs services faits par ledit Laffémas depuis quarante ans.» Par son nouveau titre, Laffémas se trouvoit appelé à la présidence de l'assemblée du commerce, convoquée par Henri IV l'année précédente, et qui étoit, ainsi que l'a fort bien remarqué M. Champollion-Figeac, un véritable comité consultatif du commerce et de l'industrie. Le volume cité tout à l'heure en contient les procès-verbaux, et un Mémoire de Laffémas, publié dans les Archives curieuses, 1re série, t. 14, p. 221, en explique au mieux le but et la portée. La dernière séance de ce comité eut lieu le 22 octobre 1604. Laffémas mourut l'année suivante, épuisé, brisé de travail, comme l'a bien dit M. Poirson dans sa récente Histoire du règne de Henri IV, t. 2, 1re partie, p. 80. M. Champollion-Figeac, M. Philarète Chasles (Etudes sur le XVIe siècle, p. 20), M. Chéruel (Hist. de l'administration monarchique en France, t. 1, p. 350), avoient dignement apprécié son caractère et ses efforts, mais personne ne lui a rendu une aussi entière justice que M. Poirson, lorsqu'il a écrit: «Laffémas, le plus intelligent et le plus actif ministre des projets du roi, qui demandoit solennellement, en janvier 1597, qu'on étendît à la France entière l'industrie séricicole; qui, de sa propre personne, répandoit le mûrier et la soie dans les quatre provinces qui les reçurent les premières; qui inspiroit et dirigeoit à Paris toutes les délibérations de ce conseil des manufactures et du commerce chargé des détails de l'entreprise; qui succomba en 1605, épuisé par la fatigue de tant de travaux, et qui, littéralement, mourut à la peine.»—La pièce reproduite ici semble être le plus rare des écrits de Laffémas. Son peu de volume a fait qu'il a échappé à tout le monde, même à M. Champollion, qui a donné la liste la plus complète de ses traités. Il n'en compte pas moins de quinze. M. Weiss, dans sa Biographie universelle, en avoit oublié plusieurs, y compris, bien entendu, celui-ci, qui a trait, comme la plupart des autres, à l'industrie que Laffémas avoit le plus à cœur. Dans les derniers temps de sa vie, le titre que lui avoit accordé Henri IV s'étoit compliqué de celui de contrôleur du plant des meuriers. Il l'a pris en tête d'une pièce qui sera souvent citée plus loin: La façon de faire et semer la graine de meuriers, etc. Paris, 1604, in-8.

[283]: C'est à quoi tendoient les plus constants efforts de Laffémas. Henri IV l'y avoit secondé, et, en 1603, le but se trouvoit presque atteint. V. notre t. 3, p. 112, note 2, V. aussi le premier écrit de Laffémas, dont nous avons parlé tout à l'heure: Règlement général pour dresser les manufactures en ce royaume, etc.

[284]: Laffémas dit la même chose, mais avec quelques détails de plus, dans le Traité dont cette pièce n'est pour ainsi dire que la préface, ou plutôt le résumé par anticipation: «Les expers envoyez aux généralitez et eslections de Paris, Orléans, Tours et Lyon, pour faire la nourriture des dits vers, en l'année mil six cent trois, ont apperceu que ceux qui ne les avoient faict esclorre de bonne heure, la pluspart sont morts. Ce qui a donné sujet faire courir faux bruitz que le climat de France n'estoit propre, et allèguent les dits expers que ceux qui prennent trop grande quantité de vers à nourrir, n'ayant des personnes propres pour leur aider, cela est cause qu'ils retardent et ne peuvent venir à perfection.» (La façon de faire et semer la graine de meuriers, etc., p. 27.)

[285]: Cet hôtel de Retz étoit dans le faubourg Saint-Honoré. (Laffémas, La façon de faire et semer la graine de meuriers, p. 27.) Il devint plus tard l'hôtel de Vendôme, et la place de ce nom en occupe le terrain. Il ne faut le confondre ni avec l'hôtel de Retz de la rue des Poulies, qui étoit voisin du premier hôtel de Longueville, ni avec l'hôtel de Gondi, situé dans le faubourg Saint-Germain, rue de Condé.—Le maréchal de Retz y étoit mort le 12 avril 1602. (L'Estoille, édit. Michaud, t. 2, p. 332.) C'est sans doute ce qui l'avoit rendu disponible pour les plantations dont il est parlé ici. Ce n'étoit pas le seul lieu de Paris où l'on eût tenté alors la culture du mûrier. Dès l'année 1696 Henri IV avoit consacré à cet utile essai une grande partie du jardin des Tuileries. La plantation avoit prospéré, et sans tarder le roi l'avoit étendue encore, avec l'aide d'Olivier de Serres et de Claude Mollet, son premier jardinier. V. Théâtre d'agriculture d'Oliv. de Serres, édit. in-4, t. 2, p. 110, et P. Paris, Catal. des mss. franç., t. 5, p. 290. En 1601, nouvelle plantation et nouveau succès. Laffémas en parle ainsi à la page 29 de la pièce citée tout à l'heure et publiée en 1604: «Le principal est d'avoir des meuriers en abondance, et les faire semer, ainsi qu'a faict le sieur de Congis, gouverneur du jardin du roy aux Thuilleries, en ayant fait semer il y a trente mois qui sont creuz si haut qu'il n'y a homme qui les puisse atteindre, et ceux que Sa Majesté a fait planter aux allées il y a huit ans, et trois ans qu'ils avoient, on juge qu'ils en ont plus de vingt-cinq, tant qu'ils sont grands et beaux.» Toute la partie du jardin située à l'extrémité de la terrasse des Feuillants étoit occupée par des constructions où les magniaux (vers à soie) étoient élevés et où logeoient les hommes qui en avoient le soin. Laffémas fait un grand éloge de la femme qui les dirigeoit: «Dame Jule, Italienne, dit-il, qui nourrit les vers pour Sa Majesté au jardin des Thuilleries, femme des plus entendues qui se puisse trouver.» (Id., p. 28.) Plus tard, les bâtiments furent remplacés par une orangerie. Elle existoit déjà en 1640, et la rue Saint-Florentin, qui venoit y aboutir, lui dut son premier nom de rue de l'Orangerie. Les constructions, occupées en dernier lieu par la galerie de tableaux du comte de Vaudreuil ne disparurent qu'après la révolution. V. les Mémoires du marquis de Paroy, Revue de Paris, 14 août 1836, p. 106. On a vu tout à l'heure que c'étoit une Italienne qui dirigeoit la magnanerie royale des Tuileries. Il en étoit partout ainsi. Celle du château de Madrid étoit aussi aux mains d'ouvriers italiens. Selon M. Poirson, c'est l'un d'eux, Balbani, qui donna son nom à la route qui fut alors percée dans le bois de Boulogne pour faciliter les communications entre Paris et le château de Madrid. (Hist. du règne d'Henri IV, t. 2, 1re part., p. 65, note.) Claude Mollet, que nous ayons déjà nommé, et qui avoit pris part à la plantation du jardin des Tuileries en mûriers, ne s'en étoit pas tenu là: «En l'an mil six cent six, dit-il à la p. 340 de son livre: Théâtre des plans et jardinages, 1652, in-4, j'estois logé à l'hostel de Matignon, derrière Saint-Thomas-du-Louvre, où il y avoit une belle et grande place, laquelle est pour ce jourd'huy toute pleine de bastiments. De cette place j'en ai fait un très bon jardin, auquel j'avois eslevé une grande quantité de meuriers blancs...» Les vers qu'il nourrit avec les seuls émondages de ses arbres lui donnèrent, en 1606, jusqu'à douze livres de soie, aussi belle, dit-il, que celle d'Italie, et qu'il vendit 4 écus la livre.

[286]: Olivier de Serres, dont Laffémas ne fait souvent que répéter les préceptes, parle ainsi des tables sur lesquelles il conseille d'élever des magniaux: «Seront transportez, dit-il, dans une chambrete chaude et bien close, hors de la puissance du vent, sur des tables bien nettes et polies, couvertes de papier, pour commencer à y tenir rang.» La cueillette de la soie, etc., édit. annotée par M. Martin Bonafous. Paris, 1843, in-8, p. 70.

[287]: V. notre t. 3, p. 112-113.