Au Roy.

Recalme ton lustre, ô Paris!
Cesse tes pleurs et tes orages,
Ton roy, ton vrai soleil, te rend les adventages
Qui t'ont donné le prix[205].

A bon droict tu sechois d'ennuy,
Perdant les rays de sa lumière,
Car des bords du Levant jusqu'à l'autre barrière
Il n'est rien tel que luy.

Depuis Clovis tu n'eus jamais
Un roy si comblé de merveille,
Ny pour régir ton cours une vertu pareille
Ne luyra désormais.

La douceur et la probité,
L'amour et la recognoissance,
La valeur et l'honneur avecques la prudence,
Ornent sa Majesté.

C'est la vray ame de Henry,
De qui tu fus la bien-aymée,
Un phœnix qui renaist de la cendre animée
D'un père tant chery.

Père qui te sceut delivrer
Du frein de la guerre homicide,
Et te fit (se baignant dans les gloires d'Alcide)
Ton bon-heur recouvrer.

Que donc tu reprennes vigueur;
Que tes ennuys gaignent la fuitte,
Et que maints doux plaisirs d'une meilleure suitte
Relogent dans ton cœur.

Belle, que tes cheveux espars
R'aquèrent leur grace et leurs charmes,
Que tes yeux languissants tesmoignent, pour des larmes,
Des ris de toutes parts.

Que ce teint de royales fleurs,
Où la tempeste fait ombrage,
Comme devant remette, en brisant son nuage,
Ses premières couleurs.