Relève ce front et ce port,
Que mesmes l'estranger admire,
Puis que ton grand soleil heureusement aspire
A te donner confort.

Aussi bien, reyne des citez,
Il n'est chose qui n'embellisse
Ores que le printemps dans les campagnes glisse
Mille diversitez.

La terre, que l'hyver obscur
Transissoit de neige couverte,
Des-ombrage son teint, reprend sa robbe verte,
Et l'air redevient pur.

Tout brille, tout est embasmé,
Dans le sein des molles prairies,
De parfums odorans, comme de pierreries
Largement parsemé.

De branche en branche les oyseaux
Leurs chansonnettes apparient;
Les ruisselets d'argent aux zephires marient
Les concerts de leurs eaux.

Et l'amour, pour entretenir
Les vives escences du monde,
Voltige en s'esbatant d'une aisle vagabonde,
Faisant tout r'ajeunir.

En ce temps, parmy tant de feux
Que la nuict range sur nos testes,
Les Gemeaux, qui sur l'onde accroissent les tempestes,
Ont leur règne tous deux.

Mais pour les faveurs dont ce roy
T'honore d'une ame benigne,
Que luy veux-tu donner, ô Paris! qui soit digne
De luy comme de toy?

Voicy le plus beau mois de tous,
Mois gaillard, où d'accoustumance
On fait present d'un may[206], quand il reprend naissance
Par un mouvement doux.

Ha! que luy presenterois-tu,
Quel arbre ou quelle fleur d'eslite,
Si les plus excellents ont voué leur merite
A sa digne vertu?