—Qui es-tu, amy lecteur, qui pour ce jourd'huy m'interroge par tes supplications, que je t'aye à discourir de la science des femmes? Il me semble à ton parler que tu te veux sentir, soit du lignage ou autrement, de ce Soldat françois[269], car à t'ouyr parler me semble qu'il te faudroit bailler une hallebarde, car il t'avient bien à commander. Va, va estudier, demandeur de science, ce n'est pas à toy à qui j'en dois rendre responce. Toy qui n'as jamais fait qu'escumer la marmite, penses-tu sçavoir que c'est que la science? Et va, va estudier, sans t'amuser à la cuisine, puis tu trouveras comme moy la grande science des femmes, que j'ay si soigneusement recueillie dans plusieurs livres, et si très soigneusement conservée et gardée dans l'un de mes sabots, et enfermée souz la clef dans mon cabinet, tant peur j'avois de la perdre. Lis, mon amy, avec une grande affection ce beau passage de saincte Susane, qui remplit de tant de belle science; elle n'appeloit jamais son mary que son seigneur. Saint Hierosme raconte aussi de la grande science des femmes des Indiens, et de l'amitié qui portoient à leurs maris. Entr'autres il recite de la femme d'Asdrubal, voyant le feu en une maison où estoit son mary, de la grande amour qu'elle portoit à son mary, se jetta dedans le feu; Nicerat en fit autant quand elle vit son mary mort; Tisbée en fit autant quand elle vit son amy Piramus mort. Croy, mon amy, qu'il y a bien de la science à d'aucunes femmes, les unes au bien et les autres au mal. Les unes ont une science parfaite en gouvernant honorablement leur mesnage, vivent avec un amour enrichi d'une ferme foy, d'un courage invincible et d'une amitié non-pareille. Bref, mon amy, il ne te faut user de tel propos envers moy, car tu te trompes fort de dire que je suis amoureux.
Le Lecteur.
Mais, maistre Guillaume, ne vous faschés contre moy, je vous prie, car je sçay veritablement que je ne suis pas digne de disputer contre un tel personnage que vous, car je vous tiens pour un homme docte et sçavant et pour un homme qui a autant leu qu'homme de vostre robe; parquoy, maistre Guillaume, je vous voudrois bien demander, puis que les femmes ont de tant belle science, si s'est science à d'aucune femme de laisser leurs maris, comme je vous veux faire entendre. C'est que j'estois dernierement en la bonne ville de Paris, où je beuvois à un cabaret chopinette; j'escoutois la complainte de trois pauvres savetiers, qui disoient l'un à l'autre que leurs femmes les avoient laissez. L'un se plaignoit bien plus que les autres, car il disoit que sa femme s'en estoit allée avec son valet, et qu'elle luy avoit emporté ses habillemens et l'argent qu'il avoit espargné pour avoir du cuir. L'autre aussi se plaignoit que la sienne luy avoit tout son meuble et mesmes qu'elle avoit jusques au custode[270] du lict vendu, et qu'il ne sçavoit où elle estoit allée. L'autre se plaignoit que la sienne avoit trop de cousins et qu'il n'estoit par maistre en sa maison, et que le plus souvent estoit chargé. Bref, c'est tout autant que l'on fait d'ouyr parler des femmes qui ont delaissé leurs maris. Je ne trouve pas, maistre Guillaume, que c'est belle science, mais bien plustost c'est une science vilaine et deshonnete.
Maistre Guillaume.
Je n'entends pas parler, parlant de la science,
Des femmes abandonnées à la volupté;
Je parle de ceux-là qui ont fidelité,
Qui ayment leurs maris avecque patience.
Les amours du Compas et de la Règle, et ceux du Soleil et de l'Ombre, à Monseigneur le cardinal duc de Richelieu.
A Paris, chez Jean Camusat, rue Sainct-Jacques, à la Toison d'Or.
M.DC.XXXVII. In-8.