[127]: Ce qui va suivre rentre dans la catégorie des Bibliothèques imaginaires, et il se pourroit que Furetière s'en fût inspiré pour le Catalogue des livres de Mytophylacte (Roman bourgeois, édit. elzev., p. 312).

[128]: Fameux stoïque, trop fidèle aux doctrines de sa secte pour tomber dans cette mendicité des dédicaces.

[129]: L'Aventurier Buscon, histoire facetieuse, et le Chevalier de l'Epargne, traduit de l'espagnol de Francisco Quevedo (par de la Geneste). Paris, P. Billaine, 1633, in-8.

[130]: C'est ainsi qu'on disoit alors. V. Fr. Michel, Etudes de philologie comparée sur l'argot, p. 107-108.—Pour les fameux de l'ordre, il y avoit même un titre plus élevé; on disoit un marquis de l'industrie. Le 25 janvier 1698 le Théâtre-François joua une pièce sous ce titre.

[131]: On peut lire sur Rangouze un intéressant chapitre des Essais de littérature de l'abbé Trigaud (1703, in-12, t. 2, p. 72), et sur ses procédés louangeurs une bonne note de la Bibliographie des mazarinades, par M. Moreau (t. 1, p. 421). C'est Tallemant surtout qui nous édifie au mieux sur les mille subtilités de son négoce et sur les profits qu'il y fit: «Il n'en a plus montré, dit-il en parlant de ses Lettres, que celles qu'il a écrites en son nom à toutes les personnes de l'un et l'autre sexe qui pouvoient lui donner quelque paraguante; il en fit un volume imprimé de ces nouveaux caractères qui imitent la lettre bastarde, et, par subtilité digne d'un gascon, il ne fit point mettre de chiffre aux pages, afin que, quand il presentoit son livre à quelqu'un, son livre commençant toujours par la lettre qui estoit addressée à celui à qui il le presentoit, car il change les feuillets comme il veut en le faisant relier. Vous ne sçauriez croire combien cela luy a vallu. Il y a dix ans qu'il advoua à un de ses amys qu'il y avoit gaigné quinze mille livres, qu'il employa fort bien en son pays, car je crois qu'il a famille; depuis, il a toujours continué. Le comte de Saint-Aignan lui donna cinquante pistoles.» (Edit. P. Paris, t. 5, p. 2.)—On peut se convaincre de la vérité de ce que dit Tallemant par l'examen de quelques exemplaires du recueil de Rangouze. V., sur ses dédicaces, le Roman comique, édit. V. Fournel, Biblioth. elzev., t. 1, p. 253.

[132]: Ces dons d'habits plus ou moins complets étoient fort bien de mise en ce temps-là. Les comédiens, qui ne s'affubloient guère qu'avec des défroques prises à la friperie, comme dit Tallemant aux premières lignes de l'Historiette de Mondory, s'en accommodoient mieux que personne. L'Eslite des bons vers, choisis dans les ouvrages des plus excellents poëtes de ce temps (Cardin Besongne, 1653, 2e partie, Recueil de diverses poésies, p. 15), contient des «stances adressées au duc de Guise sur les presents qu'il avoit faits de ses habits aux comediens de toutes les troupes». Parmi les comédiens nommés se trouvent Beys, la Béjart et Molière.

[133]: Ce may des imprimeurs étoit un placard en vers, assez maigrement payé sans doute à quelque rimeur famélique, comme Sibus, et que les membres de la corporation affichoient dans leur boutique, auprès du rameau de verdure détaché du mai annuel et votif de la confrérie. A Lyon, l'arbre consacré étoit planté devant la porte du gouverneur. On connoît les vers que Clément Marot fit pour le may de 1529, en l'honneur de Théodore de Trivulce, alors gouverneur de Lyon. V. Delandine, De la milice et garde bourgeoise de Lyon, 1767, in-4; Œuvres de Marot, édit. Longlet Dufresnoy, in-12, t. 3, p. 36.

[134]: C'est-à-dire la balance à mettre les sonnets, pour voir s'ils avoient le poids, comme les pistoles bien trébuchantes dont parle l'Harpagon de Molière.

[135]: Le patagon ou patacon étoit une monnoie d'argent en cours en Espagne, et de la valeur d'une once. De là vient, selon M. Francisque Michel, l'origine de la locution populaire sur la poudre de patagon, qui fait courir les filles après les garçons. (Etudes de philologie comparée sur l'argot, p. 314.)

[136]: Cette pièce, à en croire le P. Le Long, est de du Haillan. Rien ne répugne à cette opinion. On retrouve en effet dans les pensées et dans le style, avec plus de concision toutefois et plus de logique, les procédés de l'historiographe de Charles IX et de Henri III. Du Haillan d'ailleurs étoit de Bordeaux, et c'est ce qui expliqueroit pourquoi c'est dans cette ville que parut la première édition de son Discours, qui ne fut réimprimé à Paris que huit ans plus tard, c'est-à-dire en 1594. Le titre de cette édition parisienne, donnée par P. L'Huillier, pet. in-8, porte 1574, mais à tort: car le Discours de Jean Bodin, dont l'auteur de celui-ci déclare s'être inspiré, n'avoit paru qu'en 1578, c'est-à-dire l'année même où l'extrême cherté de toutes choses avoit ému le gouvernement et lui avoit donné l'idée de réunir, afin d'y aviser, tous les notables du commerce, de la bourgeoisie et de la magistrature. Ces assemblées, sortes d'états généraux de l'économie politique, comme l'a fort bien dit M. Paul Lacroix dans un récent et remarquable travail sur cette matière (Rev. contemporaine, 31 déc. 1856), se tinrent à Sain-Germain-des-Prés. Elles n'aboutirent à rien, sinon à faire prouver, en paradoxes, par les gens du roi, les sieurs de Malestroit et François Garrault, sieur de Gorges, «que rien n'estoit enchery depuis trois cents ans». Les gouvernements sont toujours les mêmes: dire que le mal n'existe pas, voire le faire prouver, au besoin, leur paroît plus facile que d'y remédier. Le meilleur avis qui fut donné étoit, comme toujours, de ceux qu'on ne demandoit pas: c'est celui de Jean Bodin. De lui-même, et un peu à l'instigation du duc d'Alençon, frère du roi, qui, là comme partout, ne cherchoit qu'à jouer un rôle d'opposition, Bodin eut à cœur de dire leur fait à M. de Malestroit et à ses paradoxes, comme ledit sieur intituloit lui-même sa façon de penser, tant il la savoit opposée à la manière de voir de tout le monde, autant dire au sens commun. De là l'origine du Discours de Bodin, dont, encore une fois, celui de du Haillan n'est qu'une sorte de résumé venu après coup, mais non pas inutilement toutefois. En 1586, en effet, le mal avoit empiré, et, à défaut de Jean Bodin lui-même, alors perdu dans la Démonomanie, il falloit bien que quelqu'un reprît sa thèse. M. P. Lacroix, dans l'article cité plus haut, pense (p. 361) que l'auteur qui se cache ici pourroit bien être Michel Montaigne. Il est vrai qu'il n'insiste pas. Cette idée lui étoit venue sans doute en voyant que Bordeaux étoit le lieu de première publication. Mais nous avons dit que cette particularité s'explique fort bien pour du Haillan.