[370]: Le Soldat François, s. l., 1605, in-8, livret qui fit grand bruit alors, et «qui donna lieu à une foule de réponses dont on peut voir la liste dans le Catalogue La Jarrie, 1854, in-8, 2e partie, p. 64, no 5082.

[371]: Je ne sache pas qu'il y ait jamais eu à Paris une rue de ce nom.

[372]: Cette pièce, qui a trait à quelques événements politiques de l'année 1614, est la première d'une sorte de trilogie facétieuse dont nous avons déjà parlé, t. 1, p. 194, note, et qui, en outre d'elle, se compose ainsi: Les Grands jours d'Antitus, Panurge, Guéridon et autres, s. l. n. d., pet. in-8; Continuation des Grands jours interrompus d'Antitus, Panurge et Guéridon, s. l. n. d., in-8. Si nous donnons celle-ci de préférence, ce n'est point parce qu'elle est la plus courte des trois: elles sont toutes assez curieuses pour qu'on n'y regrette point la longueur; c'est tout simplement parce qu'il s'y trouve beaucoup moins de baragouin que dans les autres. Ici, Guéridon seul parle dans son patois, et, bien qu'assez inintelligible par instant, ce patois est presque toujours suffisamment accessible, et ne manque pas d'ailleurs de comique. Dans les pièces suivantes, au contraire, le texte se bigarre de trop de langages différents. Chacun y parle le sien. D'abord c'est Guéridon, puis un autre paysan nommé Arnauton, puis le capitaine Guiraud, qui parle un gascon encore plus accentué que celui du baron de Fæneste; puis le capitaine Diego, qui s'explique en mauvais patois espagnol; enfin le capitaine Stephanello, dont le jargon italien ne vaut guère mieux. Bref, c'est à n'y rien comprendre, pour les lecteurs qui ne veulent pas qu'une lecture soit un casse-tête de traduction. Voilà pourquoi, encore un coup, nous n'avons, sur les trois pièces, choisi que celle-ci, et pourquoi nous ne donnerons qu'elle.—Toutes les trois sont fort rares. M. de La Vallière possédoit de chacune un exemplaire, qui passa depuis chez Méon, et qui se trouvoit, en dernier lieu, chez M. Pressac, de Poitiers. (V. Catal. de sa Bibliothèque, 1857, in-8, p. 109.) M. Leber ne possédoit que deux des trois pièces; Les Grands jours d'Antitus, etc., lui manquoient. Il ne faudroit pas, pour les connoître, s'en fier à son Catalogue. Il dit qu'elles sont en vers; or, les trois sont, comme celle-ci, en prose entremêlée de ci de là de distiques ou de quatrains. Un exemplaire complet passa, en 1846, dans la vente de M. M... (V. le Catalogue, Potier, 1846, in-8, p. 5, no 27): il ne fut pas poussé au delà de 11 fr.; aujourd'hui ce prix seroit au moins quintuplé.—Parlons maintenant des personnages de cette Conférence en dialogue. On connoît Panurge; nous n'en dirons donc rien, quoiqu'il ne soit plus ici le sublime gamin créé par Rabelais, et qu'il tende à devenir plutôt un raisonneur assez bonhomme. Antitus est de la même famille, puisqu'il nous vient aussi du Pantagruel. C'est le bon Antitus des Cressonnières, «licentié maître en toute lourderie», avec qui Rabelais nous a fait faire connoissance en son livre 2, ch. 11. Comme Panurge, il est un peu défiguré, mais il gagne à l'être. L'un remplace sa malice par du simple bon sens; l'autre fait de même pour sa bêtise. Le profit le plus réel est donc pour lui. Guéridon est de plus fraîche date; il ne remonte pas plus loin que l'époque où l'on nous le met ici en scène. D'où vient-il? je ne sais. Le patois qu'on lui fait parler nous donneroit à penser qu'il est du Poitou, ou plutôt encore de la Marche, d'autant que son nom pourroit bien être un dérivé de celui de Guéret, principale ville de cette pauvre province. Il est bien entendu que je n'avance cela qu'avec toute réserve et parce que je ne vois rien de plus probable à supposer. Sous Louis XIII, Guéridon est partout: d'abord, c'est, comme ici, un villageois parlant par sentences et par distiques; puis il devient un héros de chansons, et son nom, mis au refrain, y ramène naturellement le don don traditionnel. Voici, par exemple, un des couplets où il intervient ainsi. On devinera sans peine qu'il est dirigé contre Marie de Médicis et le maréchal d'Ancre. Nous l'avons trouvé dans le Recueil Maurepas, t. 1. p. 5:

Si la Reine alloit avoir
Un enfant dans le ventre,
Il seroit bien noir,
Car il seroit d'encre.
O Guéridon des Guéridons!
Don, daine,
O Guéridon des Guéridons!
Don, don.

L'air sur lequel se chantoit cette chanson étoit, on le voit par une note du même volume (p. 333), l'air du Toureloure, et il devoit venir, comme Guéridon lui-même, du pays de ces Auvergnats ou de ces Marchois qui nous chantent encore avec tant de plaisir les chansons où se trouve le tourelourela natal. Pendant quelque temps le mot guéridon fut pris dans le sens de vaudeville et le remplaça. Ainsi nous trouvons, sous la date de 1616, et toujours dans le Recueil Maurepas, t. 1, p. 323, Le grand Guéridon italien et espagnol, venu nouvellement en France, aux hypocrites du temps présent. Tallemant, dans l'historiette de Bois-Robert (édit. in-12, t. 3, p. 140), a parlé d'un homme qui avoit mis toute la Bible «en vaudeville qu'on appelle guéridons». Pour que rien ne manquât à son individualité gaillarde, des chansons on l'avoit fait passer dans les danses. Guéridon étoit aussi alors un personnage de ballet: il figura dans celui des Argonautes, dansé au Louvre le 3 janvier 1614. Cinquante ans après, il joue encore son personnage dans l'arlequinade le Régal des Dames, comme on le voit par ce passage de la Gazette de Du Lorens (5 mai 1668):

Par de nouvelles gentillesses
Et divertissantes souplesses,
On voit deux Guéridons danser...

Dans les branles qui se dansoient à la fin des bals du monde, il tenoit aussi un rôle, et c'étoit, il faut en convenir, le plus piteux de tous. Ainsi, dans le Branle de la Torche, déjà si fameux au temps d'Olivier de La Mancha et à l'époque de Henry Estienne, on donnoit, du moins sous Louis XIII, le nom de Guéridon au personnage qui, pendant que les autres tournoient en rond et s'embrassoient autour de lui, étoit condamné à avoir en main un flambeau, ou, si vous aimez mieux, à tenir la chandelle, pour me servir d'une locution qui doit certainement venir de là. Mme Pilou, déjà fort vieille, dansoit encore la Branle de la Torche. Comme le flambeau lui revenoit souvent, elle se plaignoit en riant de jouer toujours le rôle de Guéridon. (Tallemant, in-12, t. 6, p. 69.) Quand l'usage des petits meubles à trois pieds destinés à soutenir les flambeaux s'introduisit dans les appartements, on les appela guéridons, comme le pauvre patient dont c'étoit l'emploi dans le fameux branle. Jusqu'ici personne, que je sache, n'avoit trouvé l'étymologie de ce mot; je pense qu'après ce que je viens de dire il n'y aura plus besoin de la chercher.

[373]: Comme le capitaine Picotin, dont nous avons déjà parlé (t. 6, p. 279), et dont le nom étoit un souvenir de cette bonne dame Picorée qui l'avoit fait vivre si longtemps.

[374]: Cette locution vient de ce que les péagers des ponts laissoient passer gratis tout jongleur qui faisoit danser devant eux son singe ou qui chantoit une chanson. «Li jongleurs sont quitte por un ver de chancon», lit-on dans l'Establissement des metiers de Paris, par Estienne Boileau. MM. Le Roux de Lincy (Chants historiques, t. 1, p. 31) et Quitard (Dictionnaire des Proverbes, p. 646) ont avec raison donné crédit à cette étymologie, que Boursault avoit d'ailleurs soupçonnée bien longtemps avant eux. V. ses Lettres, 1722, in-8, t. 1, p. 214-215.

[375]: Ce mot, qu'Antitus va prendre pour un mot latin, désigne l'espace qui se trouve entre l'anus et les parties génitales. C'est d'une fistule en cet endroit que mourut le vainqueur de Marignan; M. Cullerier, chirurgien de l'hôpital du Midi, l'a démontré dans sa curieuse brochure: De quelle maladie est mort François Ier? Paris, 1856, in-8. Nous avions déjà avancé qu'il n'étoit pas mort du mal vénérien. (V. l'Esprit dans l'histoire, p. 99.) Cette nouvelle autorité nous donne pleinement raison.