J'en voudrois bien un, moy, qui gardast la maison: je ne serois point en peine qu'il fist des noises ny des querelles, et qu'il perdist son argent. L'autre jour le nostre revint après avoir tout perdu; il veid que j'avois reçu une demi-pistole et huit demi quarts d'escus, tellement qu'il les vouloit encore pour aller joüer. Je lui dis: «Vous ne les aurez pas, pas vous ne les aurez; vous voulez encore les perdre.» Il me dit. «Je les auray, ou si tu ne me les bailles, je joüeray tout ce qui est à la maison.» Je fus donc contraincte de les luy bailler; quand je ne les luy eusse pas baillé, il eust fait un beau miracle, il eust tout hagé: en eussé-je eu meilleur marché? Ce n'est que sa mode; toutes les fois qu'il m'a arraché ma bourse de mon costé, ç'a bien encore esté à moy à me taire; quand on est avec eux, on n'est pas maistre de son bien.
La première Voisine.
Helas! ma commère, qu'il est heureux qui n'a point de tels hommes que cela!
La seconde Voisine.
Maudits soient ceux qui m'en ont emplastrée et qui m'en ont jamais porté les premières paroles; s'ils eussent esté endormis à l'heure, j'eusse encore assez gagné; je ne m'esbahy pas si on le faisoit si bon et si riche! Il est marqué à l'A, il est des bons[197] encore pas.
La première Voisine.
Jesu! s'il plaisoit au bon Dieu nous separer, plustost moy que luy.
Jesu! Madame, je ne sçay comment vous parlez, ainsi; il faut qu'il y ayt de vostre faute; les bonnes femmes font les bons hommes. Il faut dire: «J'en ai un qui est bon, mais si je faisois comme j'en voy qui font, il ne me seroit pas meilleur qu'un autre.»
La première Voisine.