Hen, Madame, il faut dire: «Vous cognoissez bien le vostre, mais vous ne cognoissez pas celuy aux autres.» En voilà une de nos voisines qui a bien à souffrir, la pauvre jeune femme! Je vous promets qu'avec sa grande jeunesse elle supporte bien du sien; depuis qu'elle est en mesnage, elle n'a pas mangé tout ce qu'il luy a donné, il s'en faut de bons coups. Elle ne manie pas un double, et si il faut qu'elle face bonne mine en mauvais jeu.

La seconde Voisine.

Quand a de moy, je faits plus souvent de mine que je n'ay d'argent. Mais quoy! quand je m'en iray plaindre à nos voisins, qu'est-ce qui m'en fera raison? O bien j'y suis, je l'ay voulu: où la chèvre est liée, il faut qu'elle broute[198]. La, la, je voulois un homme à ma fantaisie, mais j'en ai un à mes despens.

La troisiesme Voisine.

Pour moy, je n'ay rien à me plaindre, Dieu mercy! Nostre maison iroit bien, n'estoit nostre chambrière; mais c'est la plus franche teste: elle parle à moy comme si j'estois sa servante.

La première Voisine.

Pour nous, nous en avons une assez bonne, mais elle est si amoureuse que sçavouquoi. Mais quoi, où est-ce que j'en prendray une autre? On y est si bien empesché, Jesu! qu'il est heureux qui s'en peut passer.

La seconde Voisine.

Ah! que je craindrois ces chambrières amoureuses! Je n'aimerois point à voir tant de trains de garçons qui sont tousjours après.

La troisiesme Voisine.