[120]: L'Estoille l'appelle Loste. Il étoit commis principal du secrétaire d'Etat Villeroy, et son filleul. Les intelligences qu'il avoit avec les gens du roi d'Espagne, auxquels il vendoit tous les secrets d'Henri IV, et donnoit même les copies de ses lettres au roi d'Angleterre, au comte Maurice, etc., ayant été découvertes, il se sauva vers Meaux, et fut trouvé mort dans la Seine, près de la Ferté, soit qu'il y fût tombé par hasard, soit qu'il s'y fût précipité de désespoir, soit plutôt, comme on le pensa généralement, qu'il y eût été jeté par quelque complice intéressé à sa disparition.

Raphin, autrefois un des seize, réfugié en Espagne «pour la Ligue», l'avoit décelé à l'ambassadeur de France dans l'espoir que ce service lui mériteroit «de rentrer en la grâce de son prince»; et l'ambassadeur en avoit donné avis au roi. Journal de l'Estoille, 24 avril 1604 (édit. Michaud, t. II, p. 367).

[121]: C'est le fameux Isaac de Laffemas, fils de Barthélemy de Laffemas, dont nous avons longuement parlé, t. VII, p. 303-306. Il ne faisoit alors que sortir des études, et s'amusoit aux vers, comme c'étoit l'usage. Tallemant dit qu'il avoit de l'esprit. «Il a fait, ajoute-t-il, plusieurs épigrammes. Il n'y en a guère de bonnes que les premières.» Il ne parle pas de cette pièce, qui est fort rare, et de son bon temps, qui fut court. Il devint avocat, puis secrétaire du roi, procureur-général en la chambre des communes, avocat-général en la chambre de justice, maître des requêtes, et lieutenant civil au Châtelet de Paris. Dans cette charge, que Richelieu lui fit exercer par commission, il acquit beaucoup de réputation, dit Tallemant, «et ôta bien des abus», mais il fit surtout force exécutions au gré du maître. Il fut terrible justicier, mais bonhomme pourtant, à ce qu'il paroît. Despeisse disoit de lui, suivant Tallemant: Vir bonus, strangulandi peritus. (Historiettes, 1re édit., t. IV. p. 35.) Plus tard, il revint aux vers; il fit en rimes, pendant la Fronde, le Frondeur désintéressé (1650, in-4o), qui lui valut de violentes attaques. (C. Moreau, Bibliog. des Mazarinades, t. I, p. 422).

[122]: Ceci semble démentir ce que dit Tallemant (1re édit., t. IV, p. 32, note) d'une pastorale qu'Isaac Laffemas auroit faite à Navarre, étant écolier. S'il avoit composé cette pastorale, il ne diroit pas que l'ouvrage qu'il offre ici au roi «est le premier nay de sa plume».

[123]: Pour ces services très réels, et aujourd'hui trop méconnus, que Barthélemy de Laffemas rendit à Henri IV, en qualité de contrôleur-général du commerce de France, V. notre t. VII, p. 305, note.

[124]: Il vivoit en effet toujours; mais, épuisé par ses travaux, si injustement oubliés, il mourut à la peine l'année suivante, 1605.

[125]: Laffemas, par le ton sinistre qu'il prend ici, et qu'il soutiendra dans toute cette pièce, prélude bien à ses futures fonctions de bourreau.

[126]: L'expression mignon de fortune étoit consacrée pour les favoris de roi et de ministre, comme l'étoit Loste, à qui M. de Villeroy avoit accordé toute sa faveur. Régnier, vers le même temps; les désignoit ainsi dans sa troisième satire, V. 61:

Du siècle les mignons, fils de la Poule-Blanche,
Ils tiennent à leur gré la fortune en la manche.

[127]: Salaire, récompense.