Au sieur de Laffemas sur son traicté.
Esprits quy recherchez le moyen de bien vivre,
Et de vous gouverner à la cour sagement,
Venez veoir Laffemas, quy donne par son livre
Aux cupides d'honneur un bon enseignement.
Ph. D. B.
A très chrestien et glorieux Roy de France et de Navarre Henry IV.
Ce n'est pas sans un extreme regret, Sire, que je voue à Vostre Majesté le premier nay de ma plume[122] en si triste et lamentable subject; mais, poussé et enthousiazé de quelque fureur poetique, j'ay pensé (après avoir balancé au poids de mon petit jugement les dissuations plus grandes quy me detournoient de cette entreprinse contre les services que je doibs à Vostre Majesté) que je ne devois laisser passer soubz silence les pernicieux desseings des mondains quy jusqu'icy par leurs flots n'ont peu esbranler le roc de vostre vertueux et magnanime courage. Autrement j'eusse donné à croire à plusieurs que la paresse ou nonchalance m'avoient atteint, auxquels toutesfois je ne desire donner place au prejudice de l'affection que je porte à vostre Estat. Permettez donc, Sire, qu'en continuation des services que mon père vous a faicts[123] et desire faire encore[124], je face, comme issu de luy, esclorre soubz l'aisle de vostre aveu ce primice de mes escripts quy, autant profitables que lamentables, escleirez de vostre regard, penetreront les nues et desseings brouillez des plus infidèles mondains, et enfin vivront en la bouche de l'éternité, pour chanter avec moy vostre gloire, et m'occasionner à prier le Ciel me faire naistre de jour en jour de nouvelles occasions pour tesmoigner à Vostre Majesté que je n'attends plus grand heur au monde que d'estre qualifié jusqu'au tombeau,
Sire,
Vostre humble, très obeissant et très fidelle serviteur,
Isaac de Laffemas.