Lettres de Mme de La Fayette à Mme de Sablé[164].
I
Ce mardy au soir[165].
Vous ne songez non plus à moy qu'aux gens de l'autre monde, et je songe plus à vous qu'à tous ceux de celui-cy. Il m'ennuie cruellement de ne vous point voir, j'ay esté quinse jours à la campagne[166], c'est ce qui m'a empeschée d'aller un peu vous empescher de m'oublier. Si vous vouliez demain de moy, j'yrois disner avec vous, à condition qu'il n'y aura ny poulet, ny pigeon d'extraordinaire[167]. Si vous avez affaire demain, donnés-moi un autre jour.
Ce jeudy au soir[168].
Voilà un billet que je vous suplie de vouloir lire, il vous instruira de ce que l'on demande de vous. Je n'ay rien à y adjouster, sinon que l'homme qu'il l'escrit[169], est un des hommes du monde que j'ayme autant, et qu'ainsi, c'est une des plus grandes obligations que je vous puisse avoir que de luy accorder ce qu'il souhaitte pour son amy. Je viens d'arriver à Fresne, où j'ay esté deux jours en solitude avec madame du Plessis[170]; en ces deux jours-là, nous avons parlé de vous deux ou trois mille fois; il est inutile de vous dire comment nous en avons parlé, vous le devinés aisement. Nous y avons leu les Maximes de M. de La Rochefoucauld[171]: Ha Madame! quelle corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le cœur, pour estre capable d'imaginer tout cela! J'en suis si espouvantée, que je vous asseure que si les plaisanteries estoient des choses sérieuses, de telles maximes gasteroient plus ses affaires que touts les potages qu'il mangea l'autre jour chez vous[172].