M.DC.XLIX.

In-4[225].


Pleine d'ennuys et de rudes atteintes,
O tout puissant, escoute mes clameurs!
Le grand excez de mes divers malheurs
Me fait vers toy adresser ces complaintes.

Dans le contour de la machine ronde,
Parmy le Scythe, et peuples plus pervers,
Bien qu'il y ayt eu maints malheurs divers,
Je ne crois point en avoir de seconde.

Mon accident attaint jusqu'à l'extresme,
Et ne se peut trouver pareil courroux:
Ayant perdu mon très fidelle espoux,
Lequel j'aimois plus encor que moy-mesme.

Comme deux luths de mesme consonnance,
Estant touchez, rendent mesmes accords,
Ainsi vivoit, sans avoir nuls discords,
Son cœur Anglois avec celuy de France.

Les fruits conçeuz de nostre mariage
Monstrent assez quels estoyent nos desseins;
Nous les pensions voir un jour souverains.
Mais comme nous ils sentent cet orage.

Et vous avez rompu cette armonie,
Maudits sujets sans croyance et sans foy:
Quand vous avez fait mourir vostre Roy,
M'avez-vous pas ensemble osté la vie?

Vous m'eussiez fait sans doute le semblable
Quand je quiltay vostre rivage Anglois[226]
Pour m'enfuir en celuy des François,
Bien qu'en nul point je ne fusse coupable.