Vous l'accusez selon votre heresie
D'un changement de loy: c'estoit à tort.
Il protesta, prest de souffrir la mort,
Qu'il n'eut jamais ce point en fantaisie.
Il protesta encore davantage
Qu'il a esté tousjours vostre soustien;
Mais comme on dit: «Qui veut noyer son chien,
On le feint estre atteint de quelque rage.»
Peuple insolent, deschargez-vous encore
(Comme insensez) dessus son royal sang;
Ces rejeitons conceus dedans mon flanc
Sont les sujets qu'à present je déplore.
Estrange cas, triste metamorphose:
Je ne pensois jamais voir ma maison
Tomber aux lacs de vostre trahison;
«Mais l'on propose, et le seul Dieu dispose.»
Disposez donc, ô divine clemence,
De ces sujets comme de mes douleurs;
De mes enfants dechassez les mal-heurs,
Et dessus tout, donnez-moy patience.
Adieu, grandeurs! adieu, toutes richesses!
Et les faveurs de ce val terrien:
Le vray Dieu est tout le souverain bien;
Le possédant, on n'a point de tristesses.
Je laisse à luy d'en faire la vengeance:
Le droit royal dépend du souverain.
Il remettra mon sceptre dans ma main;
Je crois en luy: il en a la puissance.
Le temps present mon esperance aterre,
Ce m'est un ver qui ronge mon esprit:
Car maintenant je suis, comme on m'a dit,
La reyne en paix au milieu de la guerre.
Mais neant-moins je sçay que ta malice
Se trouvera punie en ce bas lieu:
«Les jours ne sont limitez devant Dieu,
Soit tost ou tard il en fera justice.»
Le sang royal dont j'ai pris ma naissance
Fera peut-estre un jour que le François,
Se ressentant des ruses de l'Anglois,
De son forfaict en prendra la vengeance[230].